07 janvier 2006

Et pourtant...

Vous n'avez aucune chance de réussir professionnellement dans le métier d'écrivain. C'est statistique. Cette pensée déprimante vous accable, et pourtant vous avez décidé de continuer à écrire.

L'idée a fait son chemin en vous. Vous vous résignez à n'être qu'un raté parmi d'autres, qui écrit pour son pur plaisir en oubliant toutes les contraintes.

Bravo.

Ne ressentez-vous pas une légère... frustration? C'est que l'espoir d'être un jour repéré par un producteur ou un éditeur fait partie intégrante du plaisir d'écrire. Il ne faut pas le nier. Ce "suspense", ce rêve, vous pousse à continuer malgré l'évidence de l'échec.

Il faut que vous enleviez consciemment cette chimère de votre inconscient. Débarassez-vous en, car elle vous rend moins bon.

Je m'explique: si vous écrivez dans l'attente d'une reconnaissance professionnelle, vous adaptez votre écriture aux exigences des professionnels, c'est logique. Or ces exigeances sont incompatibles avec la liberté dont devrait jouïr un artiste indépendant. Vous entrez dans le moule, et par la même occasion, perdez la particuliarité qui caractérise votre amateurisme. A savoir, une liberté de ton, mais aussi une liberté formelle. Aucune contrainte budgétaire, esthétique, éthique, etc.

Vous abandonnez vos privilèges pour entrer dans les bonnes grâces d'un patron invisible. Et cette distortion de l'écriture vous rend amer, car vous vous sentez sans cesse limité, bridé, castré.

Je dis "vous"... Comprenez "je".

Je réalise à quel point mes aspiration professionnelles sont néfastes au bon développement de mon art. Et pourtant j'ai du mal à me résoudre à les abandonner. Je fais aussi partie des moutons de Panurges élevés, gavés, à la sauce "Star Academy".

"Fait un petit effort et tu deviendras une star".

Et le talent dans tout ça? Et si finalement, c'est ça qui me manquait: le talent.

Et pourtant... un mécanisme psychologique me crie immédiatement: "Et pourquoi aurais-tu commencé à écrire si tu n'avais pas de talent ?"

La vaste question, c'est "qu'est-ce que le talent ?" Le talent de plaire à des producteurs? Le talent de raconter des histoires? Dans le dictionnaire, le talent c'est ce qui vient à force de travail.

Mais merde! Avec tout ce que je fais, le talent va arriver bien vite! C'est obligé: si j'écris encore et encore, je vais forcément avoir du talent.

Ce n'est pas suffisant. Beaucoup de gens ont du talent. Pour réussir, il faut plus.

Réussir... Encore une notion à définir. La réussite est une notion hautement subjective. A partir de quel moment vais-je être satisfait de ma propre réussite? Jamais. Je vise la gloire éternelle, me voilà encore victime de cette société de l'illusion.

Arrêtons-nous à une première définition de la réussite: être payé, même modestement, pour écrire, sans aucune considération pour le succès auprès du public.

D'accord, si réussir, c'est "entrer dans le métier", ais-je assez de talent? Je le pense.

Nous y arrivons!

La clé de la réussite, c'est la modestie.

"Un voyage de mille pas commence par le premier" est une citation bien connue pour quiconque se lance dans l'écriture, exercice de longue haleine par excellence.

Au lieu de m'énerver sur la faible probabilité de ma Réussite avec un grand R, avec des ambitions démesurément élevées, il me suffit de regarder lucidement ce qui me reste à faire pour atteindre la "petite réussite". C'est à ma portée: écrire, contacter des clients potentiels, collaborer, me montrer.

Ouf! Sorti d'un vilain piège.

***

Le but de ce texte était de montrer à quel point le côté psychologique est important dans le développement d'un artiste, et comment il peut le bloquer, l'envoyer sur des mauvaises pistes, le déprimer, ou au contraire lui donner des illusions impossibles.

Dés lors que l'on a conscience de ces phénomènes, on les appréhende plus sereinement et l'on peut s'adonner à l'écriture sans soucis.

3 commentaires:

Valérie Jung a dit…

... de là jaillit tout le puits de son inspiration!
Sans tiraillements, plaies à panser, ... pas de contraintes à l'écriture ... pas de mots, juste une muselière, des silences douloureux ...
Pour l'inspiration, tout le monde vient boire au puits (de la vie)... mais point besoin de trop boire (cela dilue le discours ... le talent pourrait se situer entre le contenant et le contenu du propos : à toi d'instiller!?)
Amicalement, * Val *

Althend a dit…

Avoir un fidèle lecteur est déjà une réussite en soi, n'est ce pas déjà suffisamment ambitieux?
Ou bien rêve-t-on de mieux?

vanpet a dit…

un fidèle lecteur c'est pas mal, oui!

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