Je profite de la trêve pascale pour me relancer dans l'écriture d'un long métrage, et là, horreur, je me retrouve tout nu face à la page blanche. J'ai tout oublié! A force d'écrire pour la télé, dans des formats courts, de faire de pitches de séries de 26 minutes, je suis complètement à côté de la plaque.
Des personnages avec un arc riquiqui? Une seule intrigue? Mais c'est le Pérou! Comment je faisais, avant? Comment je tenais la distance sur 110 minutes? Il faut tout réapprendre. Et c'est là qu'on se rend compte que le cinéma et la télé sont deux bestioles vraiment différentes.
Le truc qui bloque, c'est la peur d'avoir un "niveau de télé" pour le cinéma. Clair que sur grand écran, on n'a pas droit à une Seconde Chance et que la Vie n'est pas plus belle. Du coup, tous les dialogues paraissent subitement artificiels. Les intrigues ont l'air de grosses ficelles - de gros câbles, en fait. Toutes les habitudes de la télé ressortent enfin pour ce qu'elles sont: de mauvaises habitudes et des passe-droit de bas étage.
Mais c'est énervant de faire face à ce mur, parce que s'il y a bien un obstacle auquel je ne m'attendais pas, c'est celui là. J'ai commencé l'écriture par le long métrage. Il fut même une époque où je ne jurais que par lui (avant de découvrir que l'argent se trouvait dans la télé). Et maintenant, mes vieux réflexes se sont émoussé. Merde alors, moi qui croyait que c'était comme le vélo, que ça ne s'oubliait pas, me voilà gros Jean comme devant.
En fait, il faudrait que je relise les conseils bien théoriques qui firent les beaux jours de ce blog... Ils trouveraient probablement là leur utilité première: un aide mémoire au cas z'où... Et bien maintenant c'est le cas zou!
De quoi ça parlait, encore? Les 3 actes, oh misère! Les personnages multi-dimensionnels! Quelle galère! J'ai suivi le vieil adage: "oubliez la théorie une fois que vous l'aurez apprise". Après coup, je confirme que c'est un très mauvais dicton qui n'est d'aucune aide!
L'avantage de toute cette situation c'est que je retrouve la fraîcheur de mes 16 ans. L'envie d'écrire revient petit à petit, rajeunie et innocente, purgée des horreurs que je lui ai fait subir. C'est comme un coureur cycliste qui se serait dopé à l'amphète bas de gamme et qui reviendrait après une longue retraite forcée. On n'en attend plus grand chose, sinon un miracle.
Prions pour que le miracle ait lieu.
La première condition sine qua non est déjà remplie: dieu merci, j'écris!
Réapprendre
12 avril 2009Article publié le 12.4.09 0 commentaires
Rubrique: Méthodologie
Fin de l'hibernation
04 mars 2009Je me suis fait discret ces derniers temps, ma vie professionnelle ayant pris un tournant inattendu (grosso modo j'ai démissionné de mon job à la télévision) qui m'a forcé à me poser pas mal de questions sur le monde, la vie, et l'importance d'une bonne cantine dans une entreprise.
Heureusement, grâce à mes contacts haut placés (hum... hum...) j'ai retrouvé très rapidement un nouvel emploi stable financé par le contribuable belge. Amusant, mais tout cela n'a aucun rapport avec le thème qui nous occupe dans ce blog: l'écriture.
Alors pourquoi mettre fin à ma retraite zarathoustrienne et revenir plastronner comme un beauf alors que je me suis, plus que jamais, éloigné d'une éventuelle carrière d'auteur?
Deux éléments nouveaux, qui m'ont été annoncés, coup sur coup, à deux jours d'intervalle:
1) le fameux projet de série d'animation auquel j'avais participé il y a quelques années a refait surface... au Canada, où une coproduction semble se profiler lentement.
2) il reste encore un petit mois pour participer au concours du CEEA... et ayant encore quelques comptes à rendre à mon amour-propre, je ne peux pas ne pas y participer!
C'est donc le moment de sortir du nid hivernal, et même si le soleil n'est pas encore complètement de la partie, il *faut* reprendre du service! Je me demande souvent pourquoi je ressens une telle obligation. C'est vrai, après tout je gagne ma vie, j'ai un métier agréable (allez, fin du suspense, je suis finalement devenu prof - pour de vrai), et rien ne me force à écrire. La preuve: pendant mon hibernation, je n'ai pas écrit une ligne. Et là, je me rends compte que CEEA 2008 marquait à peu de choses près la fin de mes élucubrations scénaristiques...
... Et quand on tombe à cheval, il faut remonter en selle rapidement, sinon c'est foutu.
Oui, je prenais l'air de celui qui ne ressens rien, mais ça m'a quand même flanqué un bonne trempe ce concours à la noix. Pas spécialement dans mon ego, qui trouve des motifs de satisfaction suffisants dans d'autres domaines, mais plutôt dans ma confiance en mon écriture. Et pour réconforter un prof de français, on a connu mieux!
Donc voilà, un an après, j'annonce à tous mes jeunes concurrents qui rêvent du CEEA, que l'année prochaine il n'y aura que 14 places de libre, puisque j'occuperai la première. Ne prenez même pas la peine d'envoyer le dossier, au prix du timbre c'est de la pure perte!
...
Est-ce que je pensais honnêtement que la stratégie du "Couperet" allait fonctionner? Non, mais ça coûte rien d'essayer!
Bonne chance à tous (vous en aurez besoin!)
PS : et puis j'avais créé une rubrique CEEA sur le blog, ça aurait été bête de ne l'utiliser qu'une seule fois.
Article publié le 4.3.09 1 commentaires
Rubrique: CEEA
Récession scénaristique
21 novembre 2008C'est la crise, et pas que pour mon portefeuille d'actions.
Depuis que je suis payé pour écrire, je n'ai plus écrit une seule ligne pour mes projets personnels. Et ça fait presque trois mois... Je crois bien que c'est mon plus long black-out artistique depuis le début.
Il faut imaginer le truc: je me réveille, je vais au boulot, je scribouille, je rentre à 19h30, le temps de manger, de bailler devant les nouveaux épisodes de Prison Break, et c'est déjà l'heure d'aller au lit. Reste le week-end: bah non, même pas... Batteries à plat, tout comme mon électrocardiogramme. Plus le moindre soubresaut d'idée. Ca y est: j'ai vendu mon cerveau à la télé!
Mais le temps passe vite. Et si je ne fais plus rien, je vais terminer comme tous ces gens, là, que je croise dans le métro. La non-vie. Il faut que cela cesse.
Plan d'attaque. Stratégie.
L'Etat ne sera pas en mesure de me sortir de la crise avec 5 millards d'euros. Va falloir se démerder tout seul.
Essayer de se remettre dans l'état d'esprit d'avant. Quand j'étais créatif, jadis... Comment ça fonctionnait, ce truc? Une idée à la seconde? Des carnets pleins de synopsis "à développer"? Mince, même les débuts de scénarios de cinq pages jamais achevés, je n'arrive plus à les écrire.
Peut-être que j'étais plus naïf à l'époque. Plein d'illusions sur le business. Celles-là se sont bel et bien envolées. Je sais comment ça fonctionne aujourd'hui, et peut-être que ça m'enlève une partie de la motivation. Alors que je devrais redoubler d'efforts.
J'ai tous les outils en main pour réussir. A part un bon scénario, s'entend...
En tout cas, au boulot, j'ai appris une chose à la dure: ne commence pas à écrire si tu ne sais pas ce que tu dois écrire. (J'ai brisé cette règle avant que mon boss ne me brise à son tour, leçon retenue).
Bon, trêve de circonvolutions: non, je n'ai pas de plan pour me remettre sur le chemin du succès.
Je vous épargne les questions existentielles du style: "suis-je vraiment fait pour ça?". Parce que je sais que la réponse est oui, et que mon état actuel est passager et anormal. Faudrait pas en faire une habitude.
Encore un message pour ne rien dire. Décidément...
Je vous tiens au courant de la tournure des événements.
Article publié le 21.11.08 5 commentaires
Rubrique: Vie d'artiste
Métier de maso
27 octobre 2008Vous connaissez beaucoup de métiers où l'on sait que l'on a bien travaillé quand on a vraiment souffert? Ce genre de métiers où l'on se pose des questions si la douleur n'a pas été assez vive?
Ecrire, c'est ça: un métier de maso.
Cet après-midi, j'ai écris un texte comme ça, coulant de source, en ligne directe du cerveau à la page. Je n'ai rien vu venir: ça semblait si limpide, un véritable soliloque sur papier. Je l'ai écrit sans le sentir passer. C'était vraiment agréable.
Ah! L'erreur!
Evidemment qu'il était pourri. Heureusement que j'ai un patron qui passe derrière pour me botter le train de temps en temps. Mais quand même, ça fait bizarre: pourquoi je suis obligé de me torturer pour écrire convenablement? C'est ça ma vocation? Souffrir ad vitam aeternam? Oh, la joie!
Le pire, c'est qu'avec l'habitude, comme un chien de Pavlov, je commence à anticiper ces mauvaises surprises. Du coup, je m'arrête d'écrire si ça ne fait pas mal. Je me pose des questions: oulà mon coco, c'est trop facile, arrête-toi immédiatement! Veux-tu bien souffrir s'il te plaît? Ce n'est pas une question, c'est un ordre!
Oui, je sais, j'ai besoin d'aller voir un psy rapidement.
Mais j'imagine que c'est le métier qui rentre. Je m'auto-botte le cul avant que le patron ait à le faire. Oui, à part aujourd'hui, donc... Ce n'est pas évident de s'enfoncer soi-même une épingle à tricoter dans... enfin, je vous laisse imaginer.
Tout cela est bien sympathique, mais ce qui m'inquiète vraiment, c'est ça: je crois que ça me plait!
Article publié le 27.10.08 2 commentaires
Rubrique: Vie d'artiste
Interview : Nicolas Durand-Zouky
20 octobre 2008Il a imaginé Léa Parker, il a écrit pour Plus Belle la Vie, et il est désormais le créateur de la série "Disparitions" (bientôt sur France 3): oui, c'est un poids lourd de la fiction française que j'ai le plaisir d'interviewer aujourd'hui, j'ai nommé Nicolas Durand-Zouky.
Votre carrière de scénariste à démarré relativement tard, puisqu'à la base vous étiez assistant réalisateur et formateur. Comment vous-êtes vous retrouvé à la tête de séries à succès?
Nicolas Durand-Zouky: En réalité, j'écrivais des scénarios et des bibles de séries la nuit tout en travaillant le jour comme assistant réal et comme formateur. Le hasard a fait qu'en 2001, j'ai eu à choisir entre ces deux passions (le plateau et l'écriture) puisque dans la même semaine on me proposait un poste d'assistant réalisateur sur le Long-métrage de Julie Lopez-Curval, "Bord de mer" (qui un an après décrochait la Caméra d'or) et que je signais avec M6 pour développer la série "Léa Parker". J'ai opté pour le second, et ma vie a alors basculé complètement dans le scénario télé. Trois ans de développement plus tard, "Léa Parker" était enfin diffusée et je m'envolais vers d'autres aventures télévisuelles, en travaillant sur une nouvelle série un peu particulière pour M6, "Ma Terminale" (réalisée par Stéphane Meunier) puis en intégrant la première équipe de "Plus belle la vie" dont je connaissais déjà deux des créatrices, Bénédicte Achard et Magaly Richard-Serrano que j'avais cotoyées avec bonheur sur "Léa Parker" (comme ce fut le cas pour Jean-Marc Rudnicki).
Vous avez été l'un des initiateurs de l'écriture collective sur les séries françaises: aujourd'hui, quel recul avez-vous sur cette méthode?
Le problème du terme "écriture collective" c'est qu'on peut mettre tout et n'importe quoi derrière. Pour moi, il s'agit avant tout de réunir une équipe d'auteurs qui ont envie de travailler ensemble pour apporter leurs talents, leurs différences et leur complémentarités au service d'une histoire. Il n'y a d'ailleurs pas de méthode à proprement parler. Je n'ai pas travaillé de la même manière sur "Plus belle la vie", "Coeur Océan", ou sur "Disparitions". A chaque série doit correspondre une manière de travailler. De même, il n'est pas indispensable (comme certains producteurs et diffuseurs ont parfois tendance à le penser) de fonctionner sur tous les projets en atelier. Le plus efficace est de trouver la meilleure formule adaptée à chaque projet. Pour ma part, je pense surtout qu'il est utile de travailler à plusieurs quand on est sur des séries longues à écrire dans des temps courts (on réfléchit plus vite à plusieurs) ou dans des fictions chorales (la multiplicité des auteurs apporte ainsi davantage à la multiplicité des points de vue des personnages). Les scénaristes français commencent de plus en plus à s'y mettre et trouvent de plus en plus de plaisir à travailler ensemble, cette notion de plaisir étant indispensable pour pouvoir fonctionner en équipe et pour pouvoir en donner aux spectateurs.
Quel est le cheminement de votre pensée dans les premiers instants de la création d'une série TV?
Ca dépend des séries. Mais en général, j'aime bien partir des personnages. Savoir qui ils sont, ce qu'ils vont nous raconter et ce qu'on va pouvoir vivre avec eux. Après, il y a l'univers dans lequel ils vont évoluer, ce qui va les mettre en interaction, en mouvement, et ce qui va faire que du croisement de leurs trajectoires naisse l'histoire. Il faut d'abord avoir envie de raconter quelque chose, sur le monde, sur la société qui nous entoure, sur les êtres humains ou sur ce qui nous attend demain. Quand j'ai créé "Léa Parker", ma première envie était de parler d'une jeune femme prise dans une triple vie, entre son envie d'être performante au boulot, d'avoir une vie familiale réussie et de s'épanouir sentimentalement... Une équation complexe à laquelle beaucoup de jeunes femmes (et de jeunes hommes) d'aujourd'hui sont confrontés. Sur "Ma Terminale", c'était un retour sur mes années lycées et sur cet étrange phénomène qui fait que, quel que soit le lycée où on se trouve, on retrouve le même genre de structure sociale (les leaders d'opinion qui n'hésitent pas à s'attaquer aux autres, ceux qui leur résistent et la majorité silencieuse qui peut parfois faire beaucoup de bruit quand on la bouscule). Avec mes collègues de "Plus belle la vie", on avait envie de parler de notre société, que ça soit d'un point de vue familial, politique, chez les jeunes comme chez les moins jeunes, et le quartier du Mistral est un magnifique terrain pour raconter une multitude d'histoires à la fois collectives et personnelles... Et sur "Disparitions"... Mystère... Vous verrez ça bientôt sur France 3...
Quels sont vos modèles en matières de séries TV?
Mes modèles sont pour la plupart américain. Pour moi, la plus aboutie reste "Six feet under". J'ai dévoré les cinq saisons et j'en suis encore tout secoué rien que d'y repenser. Après, il y a bien sûr la fondatrice "Twin Peaks" (surtout la saison 1), l'incroyable "Profit" (il faudrait lancer une souscription pour qu'on puisse au moins aller au bout de la saison 1). Il y a eu aussi "The Shield", "Le caméléon", "Millenium", "Le prisonnier", "Amicalement vôtre", etc... Côté français, malheureusement, il y a moins d'élus. J'avais été assez fan de "Police district", mais pour le reste, j'ai du mal à trouver mon bonheur... Cela dit, tous les beaux projets dont j'entends parler et la nouvelle génération de scénaristes qui est en train d'arriver me font penser que les choses vont probablement très bientôt changer. La fiction française n'est pas morte, loin de là...
Merci! On attend donc avec impatience la première de Disparitions. C'est le 1er novembre à 20h50 sur France3.
Voici le pitch:
"Estelle, la fille de Raphaël Sormand, physicien réputé et professeur à la faculté de Toulouse, est retrouvée morte dans une grotte des Pyrénées, victime d'un rituel macabre…
Dépêché sur les lieux pour enquêter sur cette affaire, Antoine Deslambres, policier spécialisé dans la lutte contre les sectes, est alors confronté à son mentor d'hier, Raphaël, auquel il voue une rancune farouche. Le professeur Sormand est pour lui l'unique responsable du drame qui l'a séparé de son grand amour de jeunesse, Claire Etxebarra, quinze ans plus tôt. Un drame survenu dans des circonstances étrangement similaires à celui qui endeuille aujourd'hui la famille Sormand...
Claire, devenue psychiatre, est aussi de retour à Toulouse, accompagnée de son fils Andreu et de Marie, l'amie qui l'a aidée à se reconstruire après le drame d'il y a quinze ans. Drame qui a cloué Claire dans un fauteuil roulant pour le reste de ses jours.
Un retour aux sources imposé par le destin, des faits inexplicables, des blessures intimes jamais cicatrisées...
Claire, Antoine et Raphaël voient à nouveau leurs vies s'entremêler, dans ce véritable triangle des Bermudes pyrénéens qui va les amener à s'affronter, à s'aimer et à se déchirer au fur et à mesure que le mystère entourant la mort d'Estelle s'épaissit…"
Article publié le 20.10.08 1 commentaires
Rubrique: Interview