01 mai 2008

Le scénario en musique

De très nombreux scénaristes apprécient de se mettre dans une ambiance musicale propice à l'écriture. A fond la caisse, pour se couper du monde, ou à faible volume, pour éviter une surdité précoce... De la musique baroque pour les scènes épiques, du bon hardrock de bourrin pour le remake de Rambo.

C'est sûr, se mettre dans la bonne ambiance pour écrire, ça aide. C'est prouvé scientifiquement par moi-même et un échantillon de 3 scénaristes en activité. Il faut faire attention à deux choses:

1) porter plus d'attention à la musique qu'à son scénario.
C'est de la procrastination à l'état pur. Le bouton "skip", "next", "shuffle" ou "bass-boost" de votre lecteur de CD ou de MP3 est si attirant, vous seriez prêt à écouter l'intro de chacun de 1832 morceaux prévus dans la liste juste pour éviter d'écrire. Si la musique vous empêche de prendre votre courage à deux mains, et de vous lancer dans la sale besogne, passez-vous-en. un silence monastique peut avoir ses avantages, pour autant que vous ayez une digestion saine.

2) être influencé par la musique dans son scénario.
Un CD de musique comporte des plages avec différentes ambiances, différents tempos, qui, inconsciemment, peuvent influencer votre écriture. Si vous être vite emporté par des élans lyriques chaque fois que la section de violons joue des triolets, il vaut mieux mettre la musique à bas volume, et se concentrer sur la réelle intention que nécessite votre histoire à ce moment précis.

Outre la musique comme outil de travail, je vais également aborder le sujet dans la musique au sein même du scénario: comment travailler avec la bande-son dés l'écriture?

C'est un sujet délicat, car le choix de la musique relève des compétences du réalisateur. On partira donc du principe que le scénariste n'indique JAMAIS quelle musique il aimerait entendre si cette musique ne joue pas de rôle dramatique.

Exemple: le thème musical de Star War, bien que très important pour la mise en place des ambiances, ne joue aucun rôle. Le scénariste n'indique donc pas de didascalies du genre: LUKE voit le vrai visage de DARK VADOR pour la première fois. Le thème sombre de l'empire va crescendo en arrière-plan, jusqu'à envahir tout l'espace sonore, comme pour souligner l'état de détresse de Luke.

A éviter, donc, car votre rôle de scénariste est de raconter une histoire par le biais des actions et des paroles, non pas par le biais des ambiances lumineuses ou sonores. Un directeur artistique s'en chargera bien assez tôt.

Exemple 2: dans Les Experts, chaque fois qu'il y a une séquence montée de la recherche d'un indice dans le labo, un morceau généralement à la mode est joué, ça rend la scène supportable (qui a envie de regarder un bombardement au carbone 14?). Mais ce n'est pas au scénariste à indiquer la teneur musicale de cette séquence.

Ceci dit, cette règle connait une exception: lorsque la musique joue un rôle tangible dans le scénario. Si elle doit être mise en scène d'une certaine façon parce qu'elle revient plus tard dans le film par exemple, ou parce que c'est un film sur la vie d'un musicien, ou tout simplement parce que c'est une comédie musicale, alors le scénariste a le droit d'intervenir quelque peu sur les choix musicaux du réalisateur.

Exemple: les chants dans le Seigneur des Anneaux. Là, ce sont les personnages qui chantent des choses dont les paroles ont un sens pour le film. "La complainte pour Gandalf", par exemple, nous montre la tristesse des personnages. Ce sont des musiques qui appartiennent à l'univers intérieur du film (il existe un terme très savant pour dire ça, mais j'ai oublié. Si quelqu'un sait...)

Exemple 2: le "Tea for Two" dans la Grande Vadrouille joue un rôle très important pour reconnaitre ses alliés. En plus, il est source de gags (les meilleurs du cinéma français?).

Le cas limite, c'est quand, dans le scénario, une chanson connue passe à la radio, ou qu'un personnage la siffle, pas parce que ça fait avancer l'histoire, mais parce que ça colle bien au personnage. On pourrait imaginer un film sur une fille dépressive qui siffle "Hey Jude" en boucle. Si le chanson "Hey Jude" ne joue pas un rôle par après (élément déclencheur de sa thérapie, ou que sais-je encore), en résumé: si c'est juste un accessoire décoratif, je vous conseille de ne pas indiquer de quel morceau il s'agit.

Deux cas de figures: soit c'est un morceau très connu, comme Hey Jude, et les droits d'auteur seront trop chers pour le film, soit c'est un morceau moins connu, et alors le fait d'indiquer "elle siffle l'air de Fembot in Wet T-shirt de Frank Zappa" n'évoquera rien dans le tête du lecteur.

Si vous voulez faire chanter (ou siffler, ou jouer à la guitare, ou choisir dans un jukebox) votre personnage juste pour lui donner une contenance - une indication sur ces goûts musicaux - peut-être mieux vaut-il indiquer vaguement de quel type de musique il s'agit.

Exemple: JOHN met 5 cents dans le Jukebox et la machine crache une vieille rengaine country, que John reprend en sifflant et en tapant du pied par terre.

J'ai jusqu'ici abordé les morceaux de musique courts, les "chansons". Mais au cinéma, il y a aussi la musique "de fond", les longs violons un peu fades de Hollywood, lorsque les amoureux s'embrassent, les accords de 11ème sur un piano désaccordé dans un film d'épouvante... Toutes ces ambiances qui sont rajoutées en post-production. Comment le scénariste doit-il les envisager? La réponse courte est: il ne doit pas!

La réponse longue est: si le rythme de son film est bien ficelé, les musiques s'intercaleront toutes seules. Si le scénariste est maladroit et joue sa partition - son scénario - avec moult contretemps et bémols, gaffes de rythme, fausses notes, structure branlante, alors le travail du monteur sera nettement plus ardu.

Mais il n'y a pas de vrai conseil pour apprendre le "bon" rythme d'un film: regardez-en beaucoup, portez une oreille attentive à la bande-sonore, et soyez en harmonie avec la nature profonde de votre histoire. Après tout, la musique, c'est une affaire de "flow". Est-ce que votre histoire a le bon "flow"?

A vous de voir!

Et maintenant, écrivez!

4 commentaires:

Frédérik a dit…

Question : comment faire pour les séquences musicales ?

plus clairement, si l'on envisage d'intégrer dans son scénario un temps musical où se succèdent de courtes séquences montrant les personnages, les décors, etc...

Ce serait pour une série en fait, et je me demande depuis quelques temps comment faire. Je voudrais que chaque épisode contienne ce type de séquence qui se situerait vers la fin, une sorte de pre-end, mais sous forme de montage dynamique avec un arrière plan musical.

La musique à ce moment est cruciale et necessaire : d'abord parce que d'épisode en épisode les chansons peuvent illustrer plus ou moins bien l'esprit de l'épisode ; ensuite, parce qu'écrire les séquences muettes dans le scénario sans indication d'ambiance (où il est d'après moi nécessaire pour l'auteur de choisir la musique) ne rimerait à rien ; enfin, parce qu'en télévision, le scénariste est bien plus maitre du projet que le réal, il doit donc bien pouvoir déterminer la bande-son...

Nicolas Van Peteghem a dit…

fred > tu indique que c'est une séquence musicale, avec une courte description du genre musical, mais aller jusqu'à indiquer le titre exact, c'est pas utile: trop de variables (finances, droits, gouts du real,...) entrent en jeu pour que ta suggestion ne soit pas prise en compte.

et puis, le lecteur qui ne connait le morceau, il va pas comprendre dans quelle ambiance on est. si en plus, c'est une séquence cruciale, ça va ruiner sa lecture.

il faut partir du principe que toute musique est remplaçable.

Arnaud a dit…

A propos du terme "savant" indiquant que le chant funèbre pour Gandalf est bel et bien chanté par les personnages du film, et n'est pas "rajouté" à la bande son, je crois que tu pensais au terme 'intra-diégétique" ce qui est "extra-diégétique" étant à l'extérieur de la narration. (Enfin bon moi je dis ça c'est à vérifier, je ne voudrais pas dire une boulette^^)

Nicolas Van Peteghem a dit…

merci arnaud, c'est bien ça! quel lectorat d'élite!

Enregistrer un commentaire