23 juin 2008

Les dialogues

Au fil de mes articles, j'ai abordé presque toutes les facettes de l'écriture d'un scénario, mais depuis trop longtemps maintenant j'évite le sujet qui me terrifie le plus... les dialogues. L'heure est venue d'affronter la réalité: un scénario s'évalue de prime abord par ses dialogues. C'est dire l'importance qu'ils ont.

J'ai du mal avec les dialogues. Mais je pense avoir découvert la cause de mes ennuis: je réfléchis trop. Un dialogue se doit d'être naturel, spontané. Un dialogue "écrit" se sent, et il détonne.

Cela étant dit, il ne faut quand même pas se lancer à l'improviste dans cette périlleuse aventure. J'ai remarqué que les dialogues ne sont bons que si les personnages sont bien caractérisés. Des personnages un peu mous, banals, passe-partout, sont difficiles à écrire: que pourraient-ils dire? Souvent, ces personnages "normaux" ("un adolescent normal, qui mène une vie normale, dans une ville normale") sont très proches du scénariste lui-même, qui manque de recul, et du coup, cerne mal son personnage. Et les dialogues s'en ressentent. Ils sont bancals, et sonnent souvent très faux.

C'est, je pense, le défaut principal de la grande majorité des productions françaises actuelles. Les personnages sont d'une banalité à faire peur. Prenons les adolescents de "St-Ex", l'école tout ce qu'il y a de plus normal. Ils sont ma foi très réalistes. Il y a bien quelques personnalités un peu cliché, mais dans l'ensemble, c'est proche de ce que l'on rencontre "pour de vrai". Le problème c'est que ces personnages "normaux" (pour favoriser l'identification, j'imagine) sont confrontés à des intrigues beaucoup moins banales. La collision de deux ambitions différentes (réalisme vs. intrigues tordues) donne un résultat évidemment pataud, où les dialogues sont les premiers à encaisser.

A l'inverse, les séries américaines ont nettement moins peur de créer des personnages outranciers, avec des dialogues qui glissent plus aisément dans leurs bouches. Dr House, par exemple, est un docteur peu réaliste. Sa misanthropie est tellement caricaturale que ses dialogues peuvent se permettre de dévier dans les joutes verbales que l'on ne trouve que chez lui. Et ça ne choque guère, puisque c'est à l'image du personnage.

Le principal ingrédient d'un bon dialogue est donc l'adéquation entre les paroles prononcées et l'identité du personnage. Est-il du genre à rentrer chez lui le soir en disant "bonjour tout le monde!" ou "qu'est-ce qu'on mange ce soir?". Il faut bien connaître son personnage pour déterminer ce genre de détails.

Alors bien sûr, on pourrait parler des niveau de langage. Mais ça c'est évident: un SDF alcoolique ne parle pas comme un doctorant en philosophie.

Il ne s'agit pas que de cela. Tout le monde ne dit pas les mêmes choses. Certains s'abstiennent de commentaires, d'autres sont bavards. Et donc les mauvais dialogues viennent parfois de "l'obligation" de faire parler un personnage parce que l'intrigue le demande. C'est un mauvais calcul. Un scénario doit rester organique, pas mécanique. Si le personnage n'a pas envie de parler, trouvez une autre solution!

Ecoutez ce que vos personnages ont à vous dire, ça vous mâchera le boulot!

5 commentaires:

Cedric a dit…

Tout cela est vrai. Et c'est un exemple intéressant que tu as choisi car dans la saison 4 de House, on se rend compte des limites du truc. House a tendance à devenir un moulin a vannes qui se croit obligé de ridiculiser tout le monde dans chacune de ses scènes. Et du coup, ce systématisme est un brin agaçant (voire artificiel) quand même...

Aurélie a dit…

Oui mais un doctorant en philosophie qui, suite aux aléas de la vie se retrouverait alcoolique et à la rue ? hé hé...

j_christ a dit…

Je ne sais pas si les personnages doivent tellement avoir un "parler"à eux. Certes, ça marche pour des personnages hauts en couleur comme House, mais pour les persos ordinaires plongés dans un monde extraordinaire ? Car, à l'inverse de ce que tu dis, ça ne me dérange pas de voir des persos ordinaires, "normaux", si ce qu'ils vivent est intéressant, voire trépidant. Et dans ce cas, ils parlent comme dans la vie de tous les jours, c'est-à-dire avec des mots basiques. C'est, dans ce cas, la situation qui crée l'intérêt du dialogue, et non l'inverse. Après, des bons dialogues, c'est surtout des dialogues courts, naturels, c'est-à-dire pas trop "écrits", et surtout rythmés. Eviter les monologues (sauf quand ça a un sens), et privilégier le "ping pong".
Et pour ce qui est de la caractérisation, je trouve que c'est plus intéressant de la faire passer par une situation (un perso n'aura pas la même attitude qu'un autre face à une même situation) que par un dialogue.
Un perso peut dire "Incroyable!", et ça peut dire tout et son contraire en fonction de ce qu'il est: l'étonnement admiratif, ou le dégout profond. Et pourtant, c'est le même dialogue…

Nicolas Van Peteghem a dit…

aurélie > on essaie de faire un crossover, alors?
"Nom d'une putain, l'ontologie de cette bonne vieille piquette me dit que la phénoménologie transcendantale selon Heidegger n'est qu'une vaste couillonnade!"

Aurélie a dit…

Le SDF-philosophe :
"Burp..."

;)

Enregistrer un commentaire