05 septembre 2008

Interview : Manon Dillys

D'abord assistante réalisatrice, Manon Dillys a réussi se faire une place dans le cercle fermé des scénaristes français. Elle est aujourd'hui une valeur sûre de la fiction hexagonale, avec un tableau de chasse où figurent toutes les grandes séries de l'époque: Julie Lescaut, Diane: femme flic, RIS, ou encore l'éphémère Rose et Val. En outre, elle est l'auteur de plusieurs romans pour la jeunesse (Les petits archéologues chez Bayard Jeunesse). Pour l'Auteur Inspiré, elle raconte son parcours, ses craintes et ses espoirs.

Qu'est-ce que qui t'a poussée à devenir scénariste?
Ça va faire un peu cliché mais ma passion pour l’écriture remonte à très très loin. A 7/8 ans j’écrivais des histoires, je dessinais des BD. J’ai eu le déclic un jour vers 8 ans, en lisant une histoire et en me disant « il n’y a qu’un tome et j’ai bien envie de lire la suite. Et si j’écrivais la suite des aventures de ce héros ? » Je me souviens de cette sensation grisante de liberté face à la page blanche, l’idée que tout était possible et que j’allais décider de tout. En plus, j’étais une petite fille très timide, et l’écrit a toujours été pour moi une façon de m’exprimer. Après, vers 15 ans, j’ai commencé à écrire des romans (inachevés à ce jour, la littérature n’a sûrement pas perdu grand chose !), et là je ne me disais même pas « je vais être écrivain », mais j’étais intimement persuadée que j’allais le devenir, juste parce que… ça ne pouvait pas être autrement ! (C’est chouette cette interview, ça coûte moins cher qu’une psychanalyse !)

A partir de quand t'es-tu rendu compte que ce rêve avait une chance de devenir réalité, et, partant de là, qu'as-tu mis en œuvre pour y arriver?
Au moment d’entrer dans la vie active, bizarrement, j’avais complètement « oublié » cette envie d’écrire. Le français était de loin ma matière de prédilection au lycée, et j’ai fait un cursus littéraire typique (hypokhâgne, khâgne, fac de lettres) mais sans savoir vraiment ce que j’allais faire après. J’ai bifurqué vers le théâtre, tout doucement, et découvert l’écriture théâtrale, et ça m’a beaucoup plu. C’est là qu’est revenue l’envie d’écrire, et puis tout naturellement, l’envie d’écrire des scénarios. J’ai donc ajouté une année d’étude « cinéma » à mon cursus. Je voulais écrire, mais je n’imaginais pas sérieusement pouvoir vivre de ma plume. Ça me paraissait beaucoup trop difficile. Finalement, je suis devenue scénariste presque par hasard ! Une belle rencontre avec un jeune scénariste, un « trou » dans mon emploi du temps de jeune assistante-réalisatrice (j’avais 25 ans), et hop ! J’ai tenté ma chance et écrit avec lui. C’était une période faste où les producteurs manquaient d’auteurs sur des séries connues. Une productrice nous a laissé notre chance, et ça a marché très vite. Et très vite j’ai commencé à gagner ma vie, et je n’ai eu envie de faire que ça !

Tes études de lettres t'ont-elles été utiles, en tant que scénariste?
Franchement… oui, si on considère qu’elles m’ont appris une rigueur dans la construction (construire une disserte de français, ça peut s’apparenter à construire une mécanique dramatique). Pour le reste, non. J’ai tout appris de la technique dramaturgique sur le tas, en mettant les mains dans le cambouis. Il n’y a qu’en forgeant qu’on devient forgeron… Mais je connais tellement de cursus de scénaristes différents, que je peux t’assurer qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait des études de lettres pour devenir scénariste. Je connais des scénaristes qui, auparavant, étaient ingénieurs, comédiens, hôtesses de l'air, musiciens, profs… C’est ça que je trouve génial dans ce métier : avec beaucoup (beaucoup ! beaucoup !) de travail et de motivation, tout le monde peut y arriver.

Tu écris aussi des romans pour la jeunesse. C'est très différent du métier de scénariste?
La technique de base n’est pas différente : structurer un récit, c’est pour moi, le même travail quand on écrit un roman, que quand on écrit un scénario. Après, il y a bien évidemment une façon de traduire cette structure qui diffère. Quand on écrit un scénario, il faut penser « visuel ». Une description de roman pourra laisser libre cours à des images, à une poésie qui ne passera jamais dans un film. Ainsi, je trouve que les adaptations de Fred Vargas sont quasiment impossibles à faire. C’est-à-dire que quand on a lu ses livres, on ne peut absolument pas retrouver dans une adaptation télé ou cinéma, les images qui passent dans la tête d’Adamsberg.
Le scénario se doit d’être efficace, pragmatique, en tout cas, beaucoup plus que le roman. C’est sûrement parce qu’il n’est pas un objet en soi, mais « juste » un outil qui aide le réalisateur à faire l’objet artistique : le film. Un roman, au contraire, se suffit à lui-même.

C'est plus facile d'écrire un roman ou un scénario?
Comme je suis avant tout scénariste, je trouve qu’écrire un roman est plus difficile qu’écrire un scénario, au sens où l’écrivain doit, en plus, maîtriser le style, maîtriser la langue. Un bon scénariste peut écrire un bon scénario avec un style atroce, et même des fautes d’orthographe ! Ecrire avec style et trouver « son » style, c’est à mes yeux le travail le plus dur. Quand j’ai écrit mon roman pour enfant, j’en ai fait l’expérience. L’éditrice trouvait l’histoire géniale mais le style atroce ! Elle m’a proposé de retravailler avec Sidonie (NDLR: Van Den Dries, co-auteur des Petits Archéologues), que je ne connaissais pas à l’époque et j’ai accepté. J’ai beaucoup appris en travaillant avec elle, et elle avec moi, je crois.

En tant que scénariste, tu as touché à toutes les grandes séries françaises, qui ont souvent un univers très fermé et une longue histoire derrières elles. Comment fais-tu pour y imprimer ta "patte"?
J’ai démarré ma carrière avec ces séries, c’est un passage obligé pour tout jeune scénariste. La qualité première d’un jeune scénariste, c’est l’adaptation. Il doit pouvoir s’adapter à toute série, à ses codes. Oui, il y a beaucoup de contraintes, mais il reste toujours un espace suffisant pour y mettre de soi, pour créer des personnages. Et c’est bien connu, parfois la contrainte est très stimulante. Par la suite, on a envie de vendre des projets plus personnels. C’est un peu mon cas, en ce moment.

T'est-il déjà arrivé de tomber en manque d'inspiration au pire moment? Comment tu gères le stress dans ce cas?
Oui, bien sûr, ça peut arriver. Ceci dit, en anticipant les dead-lines, on n’est jamais vraiment en panique totale. Sinon, j’ai mes trucs pour débloquer mon imagination. Si je travaille sur une série, je visionne des DVD d’épisodes déjà réalisés. Parfois, il me suffit de lire un livre ou de regarder un film dont la problématique est proche de celle que je traite (ou pas). Regarder et observer le travail des autres est toujours formidablement motivant, je trouve. Quand, je suis vraiment coincée sur un problème de structure, ça peut aussi m’arriver de demander l’avis d’un ami scénariste (et comme j’ai la chance d’avoir un scénariste à la maison, les ateliers brainstorm/lecture sont monnaie courante chez nous !)

Tu as plusieurs projets en cours en ce moment, mais de nos jours, c'est plutôt rare les scénaristes qui ont du boulot, non?
L’audiovisuel français est clairement en crise. Heureusement, beaucoup de scénaristes ont encore du travail. Mais actuellement, le gouvernement prépare une série de décrets dérégulant la pub sur les chaînes privées et instaurant de nouvelles règles entre les producteurs et les chaînes en matière d'obligations de production. TF1, qui actuellement doit consacrer 16 % de son chiffre d'affaires à la production audiovisuelle, aimerait ramener cette obligation à 11 %. Notre travail est clairement menacé, et si ces décrets passent, beaucoup d’entre-nous se retrouveront vraiment au chômage ! L’autre menace, c’est d’être de plus en plus amené à développer des projets qui ne verront jamais le jour sur les écrans. C’est un peu la politique de TF1 en ce moment : développer beaucoup l’écriture, et sélectionner ensuite les projets qu’elle mettra en production. Pour nous, cela risque d’entraîner un manque à gagner énorme au niveau de nos rémunérations car nous toucherons beaucoup moins de droits de diffusion.

Quels sont tes projets pour l'avenir?
Actuellement, je travaille encore sur Paris 16, et sur un projet de 6X52 pour France 3, dont je ne suis pas la créatrice, mais qui est très prometteur ! Mon objectif est d’arriver enfin à vendre un ou des projet(s) plus personnels. Et vu la conjoncture, c’est très difficile. Mais il faut y croire ! Et puis sinon, il me reste juste à devenir « écrivain »... Une broutille, quoi !

Qu'est-ce que tu regardes à la télé? Quelles sont tes séries préférées?
Beaucoup de séries américaines! Côté comédie, j’ai une vraie passion pour Weeds dont j’attends la saison 3 avec impatience. J’adore Desperate Housewifes, comme beaucoup. Californication était aussi une vraie bonne surprise. Sinon en vrac : Lost (je marche comme une vraie gamine), The wire (excellente série policière), Regenesis, Grey’s anatomy (j’avoue que j’ai un peu décroché à la saison 3), Dr House, Rome, The west wing... J’ai vu quelques épisodes de Big love, The L word, des séries intéressantes même si on n’a pas toujours le temps de tout visionner. Je n’ai même pas encore eu le temps de regarder Ugly betty ! Ca craint quand même ! Hormis les américains, je recommande l’excellent Jekyll et The office (séries anglaises) et Les Bougons, une série hilarante québécoise. Côté français, j’ai bien accroché à la deuxième saison d’Engrenage. M6 a produit aussi de très bonnes séries l’année dernière, comme Les bleus ou Cellule Identité. Sinon, je regarde des mini-séries (type Clara Sheller) ou des unitaires (il y en a de vraiment très bons !)

Voilà, c'est déjà fini! Merci beaucoup à Manon Dillys pour avoir répondu à nos questions! Souhaitons lui beaucoup de succès pour ses futurs projets!

2 commentaires:

Cedric a dit…

Il n'y a vraiment que des stars sur ce site ! ;)

Nicolas Van Peteghem a dit…

mais ça reste très familial quand même :-)

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