08 juin 2008

Cher producteur...

Cher producteur,

La première fois que nous nous sommes vus, votre enthousiasme sur le projet ne faisait aucun doute: vous ne tarissiez pas d'éloges sur l'intelligence du script, sur la profondeur des personnages, sur la modernité du concept et sur le potentiel commercial de notre collaboration. Vous avez même dit que "ça vous faisait penser à du David Lynch", et même si je n'ai pas trop bien compris où était le rapport, j'ai fait "oui" de la tête. Une franche poignée de main plus tard, et je me trouvais dans le métro, rentrant chez moi avec le sentiment de tenir mon premier succès de scénariste.

C'était pourtant clair: rendez-vous dans trois semaines, pour vous laisser le temps d'établir un budget et un plan de travail. Ensuite, direction commission des subsides, démarchage auprès de collaborateurs dans toute l'Europe, et début de la production.

J'avais fait mon calcul, je devais devenir riche vers juin 2008. Juin 2008, on y est... et à ce que je sache, nous ne nous sommes plus jamais revus. Vous avez repoussé le rendez-vous à plusieurs reprises, pour des motifs aussi invraisemblables que pathétiques. Je n'ai jamais vu la couleur d'une esquisse de budget. Pas la moindre trace d'un plan de travail. Quant à un chèque avec à mon nom, ne rêvons pas!

J'ai rappelé. Vous parvenez, par je ne sais quel détour de votre psychisme malade, à rester incroyablement enthousiaste à propos de toute cette histoire. Vous niez l'évidence: ce projet ne vous intéresse pas plus que votre première chaussette. Avouez-le. Tout le monde l'a compris. J'ai déjà travaillé sur 3 projets différents entre temps. J'ai abandonné l'idée de gagner ne serait-ce qu'un centime avec ce scénario maudit.

Maudit scénario, maudit producteur! Vous m'avez fait perdre pas mal de temps avec votre carotte. Ce spectre de voir sa création percer jusqu'aux écrans de toute l'Europe, avec des versions doublées en anglais et en allemand: le pied! L'enthousiasme s'est transformé en amertume. Et en points d'expérience: je sais à quoi m'en tenir.

Je connais l'ignoble vérité: ce qu'un producteur dit, il ne faut jamais le croire. Ce qu'un producteur signe, ça, c'est la vérité. Mais pour vous faire signer quelque chose, il faut sacrifier 12 vierges une nuit de pleine lune. Et encore...

La réponse à cette affaire est bien simple: je vais finir par devenir producteur moi-même.

Oui, très cher producteur, lorsque je serai votre concurrent, je vous avalerai tout cru et, face à vos supplications, je resterai invariablement enthousiaste et souriant: ne vous inquiétez pas, bientôt tout va s'arranger! Tout va s'arranger!

Et lorsque je verrai scintiller dans vos yeux désespérés la moindre petite lueur d'espoir, j'en profiterai pour réduire à néant le fruit du travail de votre vie. "Arrêtez de nous harceler au téléphone", sera probablement la meilleure formule. Culpabiliser la victime, c'est d'un efficacité redoutable.

En espérant que cette lettre vous montre les effets de vos mensonges sur vos fournisseurs, veuillez agréer, très cher producteur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

C'est vrai quoi, après tout, on pourrait encore travailler ensemble dans le futur.

L'Auteur Inspiré

2 commentaires:

Jc a dit…

Désolé pour toi… Ils sont vraiment chiants ces producteurs, me font pensé à ma prof de ciné des fois… Peut-être peux tu essayer de vendre autre part ton scénario, à moins que tu ne l'ai envoyé déjà tout tout Paris… :S


Bon courage en tous cas!

Jc

L6K a dit…

C'est dur ce billet... Je suis navrée par ce rapport au travail de la part de soi-disant professionnel, mais je trouve que tu réagis bien (d'une certaine façon!)... Tu auras forcément à faire à d'autres interlocuteurs plus francs et intéressants, c'est clair. Bonne continuation.

LSK

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