09 septembre 2008

Qui me lit?

On donne souvent aux jeunes auteurs le conseil de ne pas écrire pour quelqu'un en particulier. "Écris ce qui te fait plaisir et tu trouveras ton public automatiquement". Si la recherche désespérée du plus large public est une vaine entreprise, ce genre d'aveuglement l'est tout autant. En réalité, il est presque impossible d'écrire sans s'imaginer, ne serait-ce que furtivement, même vaguement, l'esquisse d'un public-cible.

Il faut partir du principe que les publics sont multiples, comme l'expliquerait Bourdieu. "Le" public n'existe pas. Ce sont "les" publics. Par exemple, pour ce blog, j'imagine assez facilement que le gros de mon lectorat est fait de scénaristes amateurs (et un peu moins amateurs depuis que j'interviewe le gotha du PAF). Le reste étant ceux qui sont tombés sur ce site par hasard en tapant "Yann Barthes" dans Google (private joke).

Si l'on accepte l'idée qu'un certain public est plus à même d'apprécier ce que l'on écrit, pourquoi ne pas aller plus loin? Pourquoi ne pas essayer, comme en marketing, d'optimiser l'écriture pour ce public-cible? "Parce que c'est l'inverse de ce que l'art doit être, patate!" crient les uns. "Parce qu'alors tout le monde écrirait tout le temps la même chose, andouille!" lancent les autres.

Et ils ont raison. La conclusion dialectique de ce nœud inextricable, c'est que si vous voulez faire de l'art, faites ce que vous voulez. Si vous voulez vendre, ou faire de la télé (ce qui revient un peu au même), soyez conscient de votre public.

(Cette conclusion n'a de dialectique que le nom et Hegel se retourne dans sa tombe).

Ah! Tiens, je suis en mode name-dropping intello aujourd'hui. Ca c'est typiquement le genre de trucs qui peut dégoûter un certain public, et faire jouïr un autre. Et, grâce à un compteur de visites sophistiqué, je peux même le mesurer. Je peux donner le pourcentage de gens qui se seront déconnectés en lisant "Hegel" (bon j'exagère un peu, mais presque).

Je parle des publics, parce que j'ai regardé ce matin les audiences de la chaîne sur laquelle je travaille. Minute après minute, on sait combien de personnes nous regardent. Je sais par exemple que (si je déconne pas trop), ce jeudi, près de 50.000 personnes entendront mes textes à la télévision. Sans savoir que c'est de moi, bien entendu. Mais même, ça reste motivant. Ca met la pression.

Pour satisfaire ces gens, j'essaie de savoir qui ils sont. A l'heure de l'émission, probablement des ados fraîchement rentrés de l'école, en train de faire leurs devoirs. Surtout des filles, des petites fan-girls hystériques, le genre lourd mais adorable. Celles qui se passionnent pour Tokyo Hotel et risquent de téléphoner à la chaîne pour se plaindre si jamais on dit une bétise.

Le meilleur public en fait.

Comme j'ai les outils pour connaître mon public, si je commence à parler de Hegel et Bourdieu, je vais droit dans le mur. donc, je m'adapte. Au contraire, si je parle à des hommes sensés, je ne leur parle pas de Tokyo Hotel.

Ecrire pour un public en particulier, non seulement ça facilite un peu le travail (en réduisant le champ de liberté), mais ça permet d'entrer en contact avec son public par le biais de codes. Les films de genre ont leurs codes, et il est suicidaire de vouloir en changer (à moins de faire de l'Art), sans quoi le public décroche.

Ne reste plus qu'à trouver lesdits codes. Et pour ça, se mettre dans le bain, c'est efficace. Il suffit de s'imprégner assez longtmpes d'une certaine culture, de se confondre avec son public. Pour le comprendre entièrement et ne faire plus qu'un. Conclusion, si vous voulez écrire pour un public, soyez un membre de ce public. Vouloir écrire pour ce que l'on n'est pas est en soi une erreur, et source de frustration.

Parce qu'en fin de compte, votre premier lecteur c'est vous.

...

Est-ce que cet article veut dire quelque chose? J'ai l'impression que ça n'a ni queue ni tête. Je suis complètement à la masse. Ca y est tient, une toute petite semaine de travail et je suis K.O. Bon, je vais regarder les Bronzé 3. Oui, je sais... Je l'avais déjà vu au cinéma.

05 septembre 2008

Interview : Manon Dillys

D'abord assistante réalisatrice, Manon Dillys a réussi se faire une place dans le cercle fermé des scénaristes français. Elle est aujourd'hui une valeur sûre de la fiction hexagonale, avec un tableau de chasse où figurent toutes les grandes séries de l'époque: Julie Lescaut, Diane: femme flic, RIS, ou encore l'éphémère Rose et Val. En outre, elle est l'auteur de plusieurs romans pour la jeunesse (Les petits archéologues chez Bayard Jeunesse). Pour l'Auteur Inspiré, elle raconte son parcours, ses craintes et ses espoirs.

Qu'est-ce que qui t'a poussée à devenir scénariste?
Ça va faire un peu cliché mais ma passion pour l’écriture remonte à très très loin. A 7/8 ans j’écrivais des histoires, je dessinais des BD. J’ai eu le déclic un jour vers 8 ans, en lisant une histoire et en me disant « il n’y a qu’un tome et j’ai bien envie de lire la suite. Et si j’écrivais la suite des aventures de ce héros ? » Je me souviens de cette sensation grisante de liberté face à la page blanche, l’idée que tout était possible et que j’allais décider de tout. En plus, j’étais une petite fille très timide, et l’écrit a toujours été pour moi une façon de m’exprimer. Après, vers 15 ans, j’ai commencé à écrire des romans (inachevés à ce jour, la littérature n’a sûrement pas perdu grand chose !), et là je ne me disais même pas « je vais être écrivain », mais j’étais intimement persuadée que j’allais le devenir, juste parce que… ça ne pouvait pas être autrement ! (C’est chouette cette interview, ça coûte moins cher qu’une psychanalyse !)

A partir de quand t'es-tu rendu compte que ce rêve avait une chance de devenir réalité, et, partant de là, qu'as-tu mis en œuvre pour y arriver?
Au moment d’entrer dans la vie active, bizarrement, j’avais complètement « oublié » cette envie d’écrire. Le français était de loin ma matière de prédilection au lycée, et j’ai fait un cursus littéraire typique (hypokhâgne, khâgne, fac de lettres) mais sans savoir vraiment ce que j’allais faire après. J’ai bifurqué vers le théâtre, tout doucement, et découvert l’écriture théâtrale, et ça m’a beaucoup plu. C’est là qu’est revenue l’envie d’écrire, et puis tout naturellement, l’envie d’écrire des scénarios. J’ai donc ajouté une année d’étude « cinéma » à mon cursus. Je voulais écrire, mais je n’imaginais pas sérieusement pouvoir vivre de ma plume. Ça me paraissait beaucoup trop difficile. Finalement, je suis devenue scénariste presque par hasard ! Une belle rencontre avec un jeune scénariste, un « trou » dans mon emploi du temps de jeune assistante-réalisatrice (j’avais 25 ans), et hop ! J’ai tenté ma chance et écrit avec lui. C’était une période faste où les producteurs manquaient d’auteurs sur des séries connues. Une productrice nous a laissé notre chance, et ça a marché très vite. Et très vite j’ai commencé à gagner ma vie, et je n’ai eu envie de faire que ça !

Tes études de lettres t'ont-elles été utiles, en tant que scénariste?
Franchement… oui, si on considère qu’elles m’ont appris une rigueur dans la construction (construire une disserte de français, ça peut s’apparenter à construire une mécanique dramatique). Pour le reste, non. J’ai tout appris de la technique dramaturgique sur le tas, en mettant les mains dans le cambouis. Il n’y a qu’en forgeant qu’on devient forgeron… Mais je connais tellement de cursus de scénaristes différents, que je peux t’assurer qu’il n’y a pas besoin d’avoir fait des études de lettres pour devenir scénariste. Je connais des scénaristes qui, auparavant, étaient ingénieurs, comédiens, hôtesses de l'air, musiciens, profs… C’est ça que je trouve génial dans ce métier : avec beaucoup (beaucoup ! beaucoup !) de travail et de motivation, tout le monde peut y arriver.

Tu écris aussi des romans pour la jeunesse. C'est très différent du métier de scénariste?
La technique de base n’est pas différente : structurer un récit, c’est pour moi, le même travail quand on écrit un roman, que quand on écrit un scénario. Après, il y a bien évidemment une façon de traduire cette structure qui diffère. Quand on écrit un scénario, il faut penser « visuel ». Une description de roman pourra laisser libre cours à des images, à une poésie qui ne passera jamais dans un film. Ainsi, je trouve que les adaptations de Fred Vargas sont quasiment impossibles à faire. C’est-à-dire que quand on a lu ses livres, on ne peut absolument pas retrouver dans une adaptation télé ou cinéma, les images qui passent dans la tête d’Adamsberg.
Le scénario se doit d’être efficace, pragmatique, en tout cas, beaucoup plus que le roman. C’est sûrement parce qu’il n’est pas un objet en soi, mais « juste » un outil qui aide le réalisateur à faire l’objet artistique : le film. Un roman, au contraire, se suffit à lui-même.

C'est plus facile d'écrire un roman ou un scénario?
Comme je suis avant tout scénariste, je trouve qu’écrire un roman est plus difficile qu’écrire un scénario, au sens où l’écrivain doit, en plus, maîtriser le style, maîtriser la langue. Un bon scénariste peut écrire un bon scénario avec un style atroce, et même des fautes d’orthographe ! Ecrire avec style et trouver « son » style, c’est à mes yeux le travail le plus dur. Quand j’ai écrit mon roman pour enfant, j’en ai fait l’expérience. L’éditrice trouvait l’histoire géniale mais le style atroce ! Elle m’a proposé de retravailler avec Sidonie (NDLR: Van Den Dries, co-auteur des Petits Archéologues), que je ne connaissais pas à l’époque et j’ai accepté. J’ai beaucoup appris en travaillant avec elle, et elle avec moi, je crois.

En tant que scénariste, tu as touché à toutes les grandes séries françaises, qui ont souvent un univers très fermé et une longue histoire derrières elles. Comment fais-tu pour y imprimer ta "patte"?
J’ai démarré ma carrière avec ces séries, c’est un passage obligé pour tout jeune scénariste. La qualité première d’un jeune scénariste, c’est l’adaptation. Il doit pouvoir s’adapter à toute série, à ses codes. Oui, il y a beaucoup de contraintes, mais il reste toujours un espace suffisant pour y mettre de soi, pour créer des personnages. Et c’est bien connu, parfois la contrainte est très stimulante. Par la suite, on a envie de vendre des projets plus personnels. C’est un peu mon cas, en ce moment.

T'est-il déjà arrivé de tomber en manque d'inspiration au pire moment? Comment tu gères le stress dans ce cas?
Oui, bien sûr, ça peut arriver. Ceci dit, en anticipant les dead-lines, on n’est jamais vraiment en panique totale. Sinon, j’ai mes trucs pour débloquer mon imagination. Si je travaille sur une série, je visionne des DVD d’épisodes déjà réalisés. Parfois, il me suffit de lire un livre ou de regarder un film dont la problématique est proche de celle que je traite (ou pas). Regarder et observer le travail des autres est toujours formidablement motivant, je trouve. Quand, je suis vraiment coincée sur un problème de structure, ça peut aussi m’arriver de demander l’avis d’un ami scénariste (et comme j’ai la chance d’avoir un scénariste à la maison, les ateliers brainstorm/lecture sont monnaie courante chez nous !)

Tu as plusieurs projets en cours en ce moment, mais de nos jours, c'est plutôt rare les scénaristes qui ont du boulot, non?
L’audiovisuel français est clairement en crise. Heureusement, beaucoup de scénaristes ont encore du travail. Mais actuellement, le gouvernement prépare une série de décrets dérégulant la pub sur les chaînes privées et instaurant de nouvelles règles entre les producteurs et les chaînes en matière d'obligations de production. TF1, qui actuellement doit consacrer 16 % de son chiffre d'affaires à la production audiovisuelle, aimerait ramener cette obligation à 11 %. Notre travail est clairement menacé, et si ces décrets passent, beaucoup d’entre-nous se retrouveront vraiment au chômage ! L’autre menace, c’est d’être de plus en plus amené à développer des projets qui ne verront jamais le jour sur les écrans. C’est un peu la politique de TF1 en ce moment : développer beaucoup l’écriture, et sélectionner ensuite les projets qu’elle mettra en production. Pour nous, cela risque d’entraîner un manque à gagner énorme au niveau de nos rémunérations car nous toucherons beaucoup moins de droits de diffusion.

Quels sont tes projets pour l'avenir?
Actuellement, je travaille encore sur Paris 16, et sur un projet de 6X52 pour France 3, dont je ne suis pas la créatrice, mais qui est très prometteur ! Mon objectif est d’arriver enfin à vendre un ou des projet(s) plus personnels. Et vu la conjoncture, c’est très difficile. Mais il faut y croire ! Et puis sinon, il me reste juste à devenir « écrivain »... Une broutille, quoi !

Qu'est-ce que tu regardes à la télé? Quelles sont tes séries préférées?
Beaucoup de séries américaines! Côté comédie, j’ai une vraie passion pour Weeds dont j’attends la saison 3 avec impatience. J’adore Desperate Housewifes, comme beaucoup. Californication était aussi une vraie bonne surprise. Sinon en vrac : Lost (je marche comme une vraie gamine), The wire (excellente série policière), Regenesis, Grey’s anatomy (j’avoue que j’ai un peu décroché à la saison 3), Dr House, Rome, The west wing... J’ai vu quelques épisodes de Big love, The L word, des séries intéressantes même si on n’a pas toujours le temps de tout visionner. Je n’ai même pas encore eu le temps de regarder Ugly betty ! Ca craint quand même ! Hormis les américains, je recommande l’excellent Jekyll et The office (séries anglaises) et Les Bougons, une série hilarante québécoise. Côté français, j’ai bien accroché à la deuxième saison d’Engrenage. M6 a produit aussi de très bonnes séries l’année dernière, comme Les bleus ou Cellule Identité. Sinon, je regarde des mini-séries (type Clara Sheller) ou des unitaires (il y en a de vraiment très bons !)

Voilà, c'est déjà fini! Merci beaucoup à Manon Dillys pour avoir répondu à nos questions! Souhaitons lui beaucoup de succès pour ses futurs projets!

01 septembre 2008

L'écriture industrielle

Premier jour de travail aujourd'hui. J'ai écrit comme je n'avais jamais écrit jusqu'alors. Quatre pages utiles en six heures (soit 12 minutes d'émission au total). Moi qui aime peser mes mots, c'était un peu juste. Il a fallu trouver des idées de sujets du tac au tac. Pas deux, ou trois. Quinze idées de sujets people... De quoi remplir l'émission pendant un bon moment.

Après validation par la hiérarchie, développement de trois "enquêtes de la semaine". Je vous épargnerai l'énoncé des sujets, c'est à pleurer. Ces trois idées, il a fallu les étirer jusqu'à la limite de la rupture. Car, voyez vous, la nature des infos people c'est de reposer sur du vent. De ce vent faible et vicié, il faut alimenter une soufflerie. Il faut délayer. Rallonger. Commenter. Faire de la moindre anecdote un prétexte à la logorrhée.

C'est un véritable sport cérébral. Untel a eu un petit accident de la route? Vite! Un sujet! Sa vie est en danger! Pourquoi roule-t-il si imprudemment? C'est sans doute l'abus d'alcool! Pourquoi sombre-t-il dans l'alcool? Sa femme le trompe sûrement! Pourquoi? C'est tout vu: son dernier film a fait un bide. Sa carrière est dans un creux. Va-t-il pouvoir se remettre de cette terrible épreuve?

Et demain, lorsqu'un communiqué de presse expliquera que toute l'affaire n'était qu'un petit excès de vitesse sans conséquence, on se contentera de passer à l'histoire suivante.

Trouver de la narration là où elle n'est pas. Oui, j'avoue: en fait je trouve ce jeu très amusant. Dommage que certains téléspectateurs partagent cet enthousiasme. Parce que je crains que l'humour, somme toute très relatif et sage, que j'introduis dans mes textes (qui ne sont que jeux de mots vaseux et esprit d'à-propos gouailleur) ne suffise à faire passer l'indigeste sauce.

J'ai essayé de trouver des mentors. Des grands manitous du people respectés par leurs pairs. On me souffle le nom de Yann Barthes, sur Canal+. J'ai regardé son émission. Ah, c'est ça le summum? Ok, c'est parfois drôle. Le format est très différent de ce que je fais. Je ne fais pas de plateau. Je n'ai pas les moyens de faire des petits montages amusants. Et je suis pas super fashion comme lui ;-)

Finalement, je me rends compte que je n'ai quasi pas discuté ni remis en cause le format de l'émission avec mes patrons. Je ne sais pas qui la présentera, et jusqu'à ce matin je n'en connaissais pas le titre. On m'a fourni un canevas (une conduite, dans le jargon), que je m'efforce de remplir avec des textes. Ils sont fait pour être lus par une voix-off sur un tapis ininterrompu d'images d'archives. Pas vraiment l'occassion de faire des blagues interactives façon Barthes.

Je me rends compte que je travaille en aveugle. L'émission n'existe pas encore. C'est dans mon esprit un vague mélange entre 50 minutes inside, Le Petit Journal People, et ce qui serait une version télé de Closer. Mais rien n'est clair. Quelqu'un a-t-il seulement une idée de ce que l'on va faire? Après mon premier jour, vais-je oser provoquer une réunion au sommet ?

En tout cas, cette expérience étrange m'aura appris au moins une chose qui me rapproche un peu des scénaristes professionnels: quand on est payé pour écrire, tout d'un coup, c'est plus difficile!

29 août 2008

C'est la rentrée!

Après des vacances bien méritées, et une blogosphère calme comme une ville fantôme, les petits travailleurs de l'audiovisuel ressortent de leur tanière. Les scénaristes s'accrochent à de nouvelles promesses (à défaut de contrats), les réalisateurs planchent sur leurs nouveaux plannings, et L'Auteur Inspiré (c'est moi, mais à la 3ème personne), après une année mouvementée - j'ai été chômeur, prof de français, employé de banque, dépressif, presque scénariste - a enfin trouvé une occupation saine et rémunératrice: faire de la télé!

Pour cette rentrée 2008-2009, c'est donc à un homme nouveau que vous aurez affaire. Pendant mes études de journalisme, porté par des idéaux de droiture et de noblesse, j'ai effectué mon stage au JT de la télé publique belge, pensant pouvoir y exercer un métier utile et passionant. Je suis évidemment tombé de haut: le journalisme télévisuel est un leurre.

Je suis donc passé à l'ennemi, la chaîne commerciale sans foi ni loi. Et pire: la nouvelle émission people de la rentrée, ça sera moi! Tous les potins de stars, les révélations graveleuses, les paparazzades scandaleuses, n'ont plus aucun secret pour moi. Bientôt, avec un peu de réussite, c'est moi qui les fabriquerai! Ô, toute puissance suprême! Je suis comme un dieu qui joue avec des marionettes, et les miennes s'appellent Brad Pitt, Teri Hatcher et Paris Hilton!

Evidemment, si vous me lisez depuis un certain temps, vous penserez que c'est tout l'inverse de ce que j'ai toujours voulu. Vous faites erreur: bien sûr, les people, c'est le degré zéro de l'intelligence, c'est la médiocrité humaine dans toute sa splendeur, c'est l'antithèse de la belle littérature... mais l'intérêt est ailleurs.

L'intérêt est dans l'humour. Je l'ai clairement annoncé à mes employeurs: sans humour, point de salut. Les news people sont en réalité une bonne occasion de s'en payer une tranche à moindre frais. Et comme c'est moi qui écrit, pas d'inquiétude, vous serez servis!

En ce qui concerne ma carrière de scénariste, à part le vide sidéral (depuis janvier, plus aucun contact avec les producteurs), je n'ai pas grand chose à raconter. Je vais profiter de ma nouvelle situation pour lancer de nouveaux projets. Et pour le blog, je poursuis ma série d'interviews, même si j'ai un peu de mal à trouver de nouveaux scénaristes qui veulent bien se préter au jeu!

Quoi qu'il en soi, je vous souhaite à tous une bonne rentée, une année plein de bonnes surprises, de bonheur et de réussite pour cette saison nouvelle!

06 juillet 2008

Citation

"The one important thing I have learned over the years is the difference between taking one's work seriously and taking one's self seriously. The first is imperative and the second is disastrous."
-- Margot Fonteyn

04 juillet 2008

William Goldman

Grâce à YouTube, je suis tombé sur une vidéo de grande valeur: une interview de William Goldman (Butch Cassidy, All the president's men, Maverick et mon film préféré, The Princess Bride) en 1984, où il explique les coulisses de plusieurs de ses scénarios. C'est à cette occasion qu'il dira la fameuse phrase "In Hollywood, nobody knows anything". Un document à voir, donc, à cette adresse: http://www.youtube.com/watch?v=AomMhv04whY&feature=related. Attention, c'est en trois parties.

Du point de vue de la dramaturgie, ce que l'on peut en retenir, c'est que le scénario est avant tout une structure. Goldman explique que pour All the president's men, basé sur un livre, il avait la possibilité d'inclure des scènes géniales, mais qu'il les a laissées sur le côté, car elle n'entraient pas dans la structure du film. Peu importe le spectacle de ces scènes, il faut préserver "the spine" - la colonne vertébrale - du film à tout prix. Sinon, dit-il, ces scènes meurent "comme des baleines échouées sur la plage".

Il est intéressant également de relever la façon dont Goldman conçoit ces scènes: il réfléchit en terme de "fonction". Telle scène sert à avancer tel concept, telle autre à préparer tel élément... Ce n'est qu'ensuite qu'il rend ces scènes spectaculaires/passionnantes.

Troisième élément, au sujet du style d'écriture, Goldman est partisan d'un style très libre, probablement issu de son expérience d'auteur de romans, loin du la forme épurée (presque dénuée de style) que l'on préconise aux jeunes scénaristes. Il considère le scénario comme un outil de vente (au producteur), et il est prêt à tout inclure dans le script pour le transformer en film. Y compris des clins-d'œil, des à côté, des tournures littéraires... Tout ce qui est normalement "interdit" au scénariste.

Dommage que Goldman soit sur une pente descendante depuis plusieurs années (son dernier scénario est Dreamcatcher, une adaptation ratée de Stephen King) car il parle bien de son métier.

01 juillet 2008

L'art subtil des bandes-annonces

Je dois vous avouer que je souffre d'une déviance mentale assez grave: je suis passionné par les bandes-annonces. Je les regardes toutes. Je les décortique. Je les juge. Je fais des pronostics sur la qualité du film qui en découlera, et sur son succès. Et croyez-moi, juger un film sur une bande-annonce de 2 minutes, c'est une science très aléatoire.

Mais, pourtant, il y a des constantes... Un mauvais "trailer" donne presque systématiquement un mauvais film (c'est l'inverse qui n'est pas vrai). Dans un bon trailer, on voit du premier coup d'oeil la vision unique d'un réalisateur talentueux (comparez la bande-annonce de Grindhouse avec celle de, au hasard, Mes amis, mes amours). Une bonne bande annonce nous raconte déjà une histoire - ou du moins nous donne assez d'éléments pour se mettre à fantasmer - plutôt que de nous plonger dans un mystère un peu abscon (le nouveau X-files refait la même erreur!) qui laisse sceptique.

Certaines bandes-annonces nous racontent certes une histoire, mais tellement banale et navrante que l'on a déjà tout compris: on voit les grosses ficelles, on peut presque déjà ré-écrire le scénario à l'aveuglette (15 ans et demi, avec Daniel Auteuil). Au contraire, les bandes-annonces réussies, nous donne les grandes lignes de l'histoire, un truc totalement nouveau, dont on se demande comme ça va finir! (The Curious Case of Benjamin Button, de David Fincher).

Chaque semaine, j'analyse donc les quelques bandes-annonces publiées sur le site d'Apple. On y trouve deux types de films: les grandes machines des studios hollywoodiens... Typiquement des intrigues abracadabrantesques, des trailers lèchés aux petits oignons, un casting solide, et du tape à l'oeil. On en a pour son argent, on va dire. Mais tout reste prévisible. Mais il y a aussi les petits films indépendants (toute la sélection officiel de Sundance y passe), et là, il y a du bon et du moins bon.

Etrangement, les films indépendants ont aussi leurs "clichés". Généralement, un/une paumé, dans un coin reculé du Midwest, qui a une relation problématique avec ses parents et qui va redécouvrir le vrai sens de la vie. Et la voix-off qui débite invariablement une belle maxime sur le destin : "Life is what happens to you while you're busy making other plans."

Il faut dire que depuis Little Miss Sunshine, la mode est aux "feel-good-movies". C'est parfois un peu énervant de voir le manque d'originalité même chez les indépendants. Surtout que leurs bandes-annonces sont un peu plus artisanales, donc quand ça ne marche pas, ça coince immédiatement. Par contre, il y a aussi de belles surprises. C'est comme ça que j'ai découvert le film Juno, que je recommande. Des personnages paumés - comme d'hab - mais une vraie émotion. Et c'est bingo.

Là où la pathologie des bandes-annonces devient carrément flippante, c'est sur un site comme First Showing, où des types souffrent des mêmes TOC que moi, mais ils sont plus nombreux et beaucoup plus puissants! C'est sur ce genre de sites que le "buzz" se crée autour d'un film, parfois 1 an à l'avance! Ces sites peuvent faire ou défaire la réputation d'un film *avant même sa première diffusion*! Et tout ça, sur base de simples bandes-annonces...

Bon, heureusement en Europe, cette pratique est beaucoup moins répandue. En général, le public se contente du passage des "people" chez Cauet et Ruquier pour se faire une idée. Certains vont d'ailleurs au cinéma sans s'informer à l'avance... ce que je trouve très noble et très pur mais complètement inconscient quand on sait le nombre de navets qui se faufilent jusque dans les salles obscures.

En tout cas, je ne suis pas près de guérir. Sur base des bandes-annonces américaines (qui ont toujours plusieurs mois d'avance sur nous), je peux déjà vous recommander les bons films de l'année prochaine: Wall-E, Batman, The Spirit.

On verra si les versions longues tiennent la distance!