C'est cool, l'art, mais ça nourrit pas son homme.
C'est sympa au début, quand on vit chez papa et maman, d'écrire des scénario "pour le plaisir", puis de bosser sur un film "en participation" (bénévolement, quoi). C'est juste pour se faire un nom...
Sauf que les débiles avec qui tu bosses sont aussi obscurs que toi, et ton nom ne quitte pas le niveau des pâquerettes. En gros, tu te rôdes avec d'autres amateurs, sans jamais décoller de ce milieu de gentils illuminés désargentés.
Puis viens le jour malheureux où tu termines tes études et cet après-midi pluvieux où ton paternel te fait comprendre qu'il serait temps de trouver un appartement et gagner son indépendance... Plutôt perdre l'intendance de maman qui faisait si bien la cuisine.
Bon voilà, j'ai trouvé cet appart' miteux que je paie avec mon salaire du job éternellement temporaire de coursier dans une petite entreprise. Génial, je n'ai même plus le temps d'écrire.
Or, on devient un très bon écrivain en écrivant régulièrement. Mais après une dure journée de boulot, c'est pénible de se mettre face à l'écran et d'atteindre les trois pages quotidiennes indispensables. Plutôt se vautrer dans le sofa en zappant entre la dernière émission de Lagaf et les caméras cachées canadiennes pas drôles, une canette de thé glacé à la main, la lasagne dans le micro-onde.
C'est ça la vie d'artiste!
C'est à se demander si tous ceux qui ont réussi dans le métier vivaient au crochet de leurs parents jusqu'à 30 ans!
Parfois c'est le cas, d'ailleurs.
Mais souvent, ils avaient un avantage certain: ne rien avoir à perdre! C'était l'écriture ou le néant. Forcément, ça motive.
Moi, c'est l'écriture, ou la vie paisible de petit cadre dans une entreprise stable et confortable.
Les difficultés et la facilité?
Le danger ou la routine?
Les plus finauds répondront: il suffit de cumuler! Cadre le jour, écrivain la nuit.
Ce à quoi je réponds: impossible! La fatigue et le stress, le cloisonnement dans ce milieu monochrome qu'est une grande entreprise, rendent tout travail intellectuel rigoureusement impossible.
C'est d'ailleurs une situation voulue par les chaînes de télé; du temps de cerveau disponible. Ca arrange tout le monde. Les cerveaux fonctionnent à plein régime le jour et regardent Lagaf le soir.
Mais un écrivain il a besoin de son cerveau quand il écrit.
Le solution de cumuler les mandats n'est pas conseillée.
La meilleure solution, c'est de vivre de sa plume dés la sortie du cocon familial. Seulement, ça m'arrive pas à moi, ce genre de choses.
Tiens, pour une fois je vais faire du journalisme dans ce blog littéraire. Autant demander aux pros comment ils s'en sortent! Je vais écrire à l'un ou l'autre écrivain et leur poser ces questions... Réponses au prochain épisode!
19 mars 2006
15 janvier 2006
Tout est structure
Même si la peur de l'échec est parfois très déprimante, l'écriture est globalement une activité plaisante. Et je ne parle pas du succès que peuvent engendrer des romans, ni de l'apport financier qui l'accompagne généralement. Ces deux plaisirs sont hors de portée des Apprentis Auteurs.
Par contre, le fait d'écrire en lui-même est un acte qui fait appel à une zone érogène très puissante: l'imagination. Suis-je en train de comparer l'écriture à l'orgasme? Non, ces deux plaisirs sont très différents. L'orgasme sexuel est bref mais intense, alors que le plaisir de l'écriture s'étend sur une durée plus longue, avec des (très) hauts et des (très) bas.
Comment maximiser les "hauts" et éviter les "bas"?
A mon avis, tout est dans la maîtrise de la structure du récit. Pourquoi?
Un maîtrise "de son sujet" dés avant l'acte d'écriture libèrera l'auteur d'une tâche angoissante: celle de mener sa barque à bon port. Une fois connues la trame et la longueur approximative de l'histoire, l'auteur peut se mettre en mode "automatique" (comme dans l'écriture automatique) et expérimenter des choses plus audacieuses au niveau microscopique sans s'inquiéter de partir dans des culs-de-sacs où l'on se perd.
Comment établir cette structure "de démarrage"?
Premièrement, il faut connaître certaines données fondamentales de l'histoire. Creuser un peu pour en connaître la substantifique moelle. "Je raconte quoi, au fond?"
La réponse à cette question doit être très courte. "Je raconte comment l'ambition peut mener à la folie." "Je raconte comment un histoire d'amour impossible peut déchirer des familles." Etc.
C'est le niveau le plus basique de l'histoire. "The Core of the story" pour faire à la mode. The Core - Le Coeur, pour faire des traductions approximatives!
Ce Core ne doit pas raconter le récit (la chronologie des événements concrets), mais bien l'histoire dans son acception abstraite. Quel thème est envisagé, et sous quel angle. Ce sont les deux éléments indispensables.
Il ne peux s'agit d'un thème seul. Par exemple la phrase "je vais raconter une histoire d'amour impossible" ne suffit pas à déterminer la substantifique moelle d'une histoire car elle ne nous donne aucun angle. Il faut préciser: "une histoire d'amour impossible qui rend tout le monde heureux dans l'entourage", "une histoire d'amour impossible qui amène un homme à se lancer dans la politique", etc.
Avec ces deux éléments on a une ébauche de "direction" à prendre. On ne fait pas du sur-place, ce qui est la pire chose qui puisse arriver lorsqu'un apprenti-auteur prépare mal sa prémisse.
Une fois ce Core établi, on peut broder autour pour le concrètiser:
- un début, les circonstances de l'histoire et un élément déclencheur qui fait que tout va se mettre en marche;
- un mileu, où les personnages vont interagir pour changer la donne, tenter de résoudre les conflits;
- une fin, où le problème induit par l'élément déclencheur se résoud (de manière positive ou négative).
Ce schéma classique est valable pour toutes les histoires du monde, il n'y a pas d'exception.
Dés lors, pour structurer ses idées avant l'écriture, il faut au moins connaître:
- un problème et l'élément qui le déclenche;
- le type de réction qu'auront les protagonistes face à ce problème;
- et bien souvent, la façon dont se résoud le problème.
Bien souvent, seulement, car parfois les auteurs préfèrent laisser le problème se résoudre "de lui-même", grâce à une connaissance intuitive des protagonistes et de la mécanique dramatique.
Le scénario selon ce schéma, que des auteurs comme Lavandier, McKee ou Syd Field ont largement théorisé, s'articule selon un rythme ternaire: début, milieu, fin. Ce rythme vaut aussi bien pour l'ensemble de l'histoire que pour chaque scène, chaque séquence.
Chaque élément du film aura son élément déclencheur (même implicite), son développement et sa résolution.
Ecrire un scénario c'est comme une valse, pour que ça tourne rond il faut une structure en trois temps!
Par contre, le fait d'écrire en lui-même est un acte qui fait appel à une zone érogène très puissante: l'imagination. Suis-je en train de comparer l'écriture à l'orgasme? Non, ces deux plaisirs sont très différents. L'orgasme sexuel est bref mais intense, alors que le plaisir de l'écriture s'étend sur une durée plus longue, avec des (très) hauts et des (très) bas.
Comment maximiser les "hauts" et éviter les "bas"?
A mon avis, tout est dans la maîtrise de la structure du récit. Pourquoi?
Un maîtrise "de son sujet" dés avant l'acte d'écriture libèrera l'auteur d'une tâche angoissante: celle de mener sa barque à bon port. Une fois connues la trame et la longueur approximative de l'histoire, l'auteur peut se mettre en mode "automatique" (comme dans l'écriture automatique) et expérimenter des choses plus audacieuses au niveau microscopique sans s'inquiéter de partir dans des culs-de-sacs où l'on se perd.
Comment établir cette structure "de démarrage"?
Premièrement, il faut connaître certaines données fondamentales de l'histoire. Creuser un peu pour en connaître la substantifique moelle. "Je raconte quoi, au fond?"
La réponse à cette question doit être très courte. "Je raconte comment l'ambition peut mener à la folie." "Je raconte comment un histoire d'amour impossible peut déchirer des familles." Etc.
C'est le niveau le plus basique de l'histoire. "The Core of the story" pour faire à la mode. The Core - Le Coeur, pour faire des traductions approximatives!
Ce Core ne doit pas raconter le récit (la chronologie des événements concrets), mais bien l'histoire dans son acception abstraite. Quel thème est envisagé, et sous quel angle. Ce sont les deux éléments indispensables.
Il ne peux s'agit d'un thème seul. Par exemple la phrase "je vais raconter une histoire d'amour impossible" ne suffit pas à déterminer la substantifique moelle d'une histoire car elle ne nous donne aucun angle. Il faut préciser: "une histoire d'amour impossible qui rend tout le monde heureux dans l'entourage", "une histoire d'amour impossible qui amène un homme à se lancer dans la politique", etc.
Avec ces deux éléments on a une ébauche de "direction" à prendre. On ne fait pas du sur-place, ce qui est la pire chose qui puisse arriver lorsqu'un apprenti-auteur prépare mal sa prémisse.
Une fois ce Core établi, on peut broder autour pour le concrètiser:
- un début, les circonstances de l'histoire et un élément déclencheur qui fait que tout va se mettre en marche;
- un mileu, où les personnages vont interagir pour changer la donne, tenter de résoudre les conflits;
- une fin, où le problème induit par l'élément déclencheur se résoud (de manière positive ou négative).
Ce schéma classique est valable pour toutes les histoires du monde, il n'y a pas d'exception.
Dés lors, pour structurer ses idées avant l'écriture, il faut au moins connaître:
- un problème et l'élément qui le déclenche;
- le type de réction qu'auront les protagonistes face à ce problème;
- et bien souvent, la façon dont se résoud le problème.
Bien souvent, seulement, car parfois les auteurs préfèrent laisser le problème se résoudre "de lui-même", grâce à une connaissance intuitive des protagonistes et de la mécanique dramatique.
Le scénario selon ce schéma, que des auteurs comme Lavandier, McKee ou Syd Field ont largement théorisé, s'articule selon un rythme ternaire: début, milieu, fin. Ce rythme vaut aussi bien pour l'ensemble de l'histoire que pour chaque scène, chaque séquence.
Chaque élément du film aura son élément déclencheur (même implicite), son développement et sa résolution.
Ecrire un scénario c'est comme une valse, pour que ça tourne rond il faut une structure en trois temps!
10 janvier 2006
Citation
"I don't think it's very useful to open wide the door for young artists; the ones who break down the door are much more interesting."
-- Paul Schrader
-- Paul Schrader
07 janvier 2006
Et pourtant...
Vous n'avez aucune chance de réussir professionnellement dans le métier d'écrivain. C'est statistique. Cette pensée déprimante vous accable, et pourtant vous avez décidé de continuer à écrire.
L'idée a fait son chemin en vous. Vous vous résignez à n'être qu'un raté parmi d'autres, qui écrit pour son pur plaisir en oubliant toutes les contraintes.
Bravo.
Ne ressentez-vous pas une légère... frustration? C'est que l'espoir d'être un jour repéré par un producteur ou un éditeur fait partie intégrante du plaisir d'écrire. Il ne faut pas le nier. Ce "suspense", ce rêve, vous pousse à continuer malgré l'évidence de l'échec.
Il faut que vous enleviez consciemment cette chimère de votre inconscient. Débarassez-vous en, car elle vous rend moins bon.
Je m'explique: si vous écrivez dans l'attente d'une reconnaissance professionnelle, vous adaptez votre écriture aux exigences des professionnels, c'est logique. Or ces exigeances sont incompatibles avec la liberté dont devrait jouïr un artiste indépendant. Vous entrez dans le moule, et par la même occasion, perdez la particuliarité qui caractérise votre amateurisme. A savoir, une liberté de ton, mais aussi une liberté formelle. Aucune contrainte budgétaire, esthétique, éthique, etc.
Vous abandonnez vos privilèges pour entrer dans les bonnes grâces d'un patron invisible. Et cette distortion de l'écriture vous rend amer, car vous vous sentez sans cesse limité, bridé, castré.
Je dis "vous"... Comprenez "je".
Je réalise à quel point mes aspiration professionnelles sont néfastes au bon développement de mon art. Et pourtant j'ai du mal à me résoudre à les abandonner. Je fais aussi partie des moutons de Panurges élevés, gavés, à la sauce "Star Academy".
"Fait un petit effort et tu deviendras une star".
Et le talent dans tout ça? Et si finalement, c'est ça qui me manquait: le talent.
Et pourtant... un mécanisme psychologique me crie immédiatement: "Et pourquoi aurais-tu commencé à écrire si tu n'avais pas de talent ?"
La vaste question, c'est "qu'est-ce que le talent ?" Le talent de plaire à des producteurs? Le talent de raconter des histoires? Dans le dictionnaire, le talent c'est ce qui vient à force de travail.
Mais merde! Avec tout ce que je fais, le talent va arriver bien vite! C'est obligé: si j'écris encore et encore, je vais forcément avoir du talent.
Ce n'est pas suffisant. Beaucoup de gens ont du talent. Pour réussir, il faut plus.
Réussir... Encore une notion à définir. La réussite est une notion hautement subjective. A partir de quel moment vais-je être satisfait de ma propre réussite? Jamais. Je vise la gloire éternelle, me voilà encore victime de cette société de l'illusion.
Arrêtons-nous à une première définition de la réussite: être payé, même modestement, pour écrire, sans aucune considération pour le succès auprès du public.
D'accord, si réussir, c'est "entrer dans le métier", ais-je assez de talent? Je le pense.
Nous y arrivons!
La clé de la réussite, c'est la modestie.
"Un voyage de mille pas commence par le premier" est une citation bien connue pour quiconque se lance dans l'écriture, exercice de longue haleine par excellence.
Au lieu de m'énerver sur la faible probabilité de ma Réussite avec un grand R, avec des ambitions démesurément élevées, il me suffit de regarder lucidement ce qui me reste à faire pour atteindre la "petite réussite". C'est à ma portée: écrire, contacter des clients potentiels, collaborer, me montrer.
Ouf! Sorti d'un vilain piège.
***
Le but de ce texte était de montrer à quel point le côté psychologique est important dans le développement d'un artiste, et comment il peut le bloquer, l'envoyer sur des mauvaises pistes, le déprimer, ou au contraire lui donner des illusions impossibles.
Dés lors que l'on a conscience de ces phénomènes, on les appréhende plus sereinement et l'on peut s'adonner à l'écriture sans soucis.
L'idée a fait son chemin en vous. Vous vous résignez à n'être qu'un raté parmi d'autres, qui écrit pour son pur plaisir en oubliant toutes les contraintes.
Bravo.
Ne ressentez-vous pas une légère... frustration? C'est que l'espoir d'être un jour repéré par un producteur ou un éditeur fait partie intégrante du plaisir d'écrire. Il ne faut pas le nier. Ce "suspense", ce rêve, vous pousse à continuer malgré l'évidence de l'échec.
Il faut que vous enleviez consciemment cette chimère de votre inconscient. Débarassez-vous en, car elle vous rend moins bon.
Je m'explique: si vous écrivez dans l'attente d'une reconnaissance professionnelle, vous adaptez votre écriture aux exigences des professionnels, c'est logique. Or ces exigeances sont incompatibles avec la liberté dont devrait jouïr un artiste indépendant. Vous entrez dans le moule, et par la même occasion, perdez la particuliarité qui caractérise votre amateurisme. A savoir, une liberté de ton, mais aussi une liberté formelle. Aucune contrainte budgétaire, esthétique, éthique, etc.
Vous abandonnez vos privilèges pour entrer dans les bonnes grâces d'un patron invisible. Et cette distortion de l'écriture vous rend amer, car vous vous sentez sans cesse limité, bridé, castré.
Je dis "vous"... Comprenez "je".
Je réalise à quel point mes aspiration professionnelles sont néfastes au bon développement de mon art. Et pourtant j'ai du mal à me résoudre à les abandonner. Je fais aussi partie des moutons de Panurges élevés, gavés, à la sauce "Star Academy".
"Fait un petit effort et tu deviendras une star".
Et le talent dans tout ça? Et si finalement, c'est ça qui me manquait: le talent.
Et pourtant... un mécanisme psychologique me crie immédiatement: "Et pourquoi aurais-tu commencé à écrire si tu n'avais pas de talent ?"
La vaste question, c'est "qu'est-ce que le talent ?" Le talent de plaire à des producteurs? Le talent de raconter des histoires? Dans le dictionnaire, le talent c'est ce qui vient à force de travail.
Mais merde! Avec tout ce que je fais, le talent va arriver bien vite! C'est obligé: si j'écris encore et encore, je vais forcément avoir du talent.
Ce n'est pas suffisant. Beaucoup de gens ont du talent. Pour réussir, il faut plus.
Réussir... Encore une notion à définir. La réussite est une notion hautement subjective. A partir de quel moment vais-je être satisfait de ma propre réussite? Jamais. Je vise la gloire éternelle, me voilà encore victime de cette société de l'illusion.
Arrêtons-nous à une première définition de la réussite: être payé, même modestement, pour écrire, sans aucune considération pour le succès auprès du public.
D'accord, si réussir, c'est "entrer dans le métier", ais-je assez de talent? Je le pense.
Nous y arrivons!
La clé de la réussite, c'est la modestie.
"Un voyage de mille pas commence par le premier" est une citation bien connue pour quiconque se lance dans l'écriture, exercice de longue haleine par excellence.
Au lieu de m'énerver sur la faible probabilité de ma Réussite avec un grand R, avec des ambitions démesurément élevées, il me suffit de regarder lucidement ce qui me reste à faire pour atteindre la "petite réussite". C'est à ma portée: écrire, contacter des clients potentiels, collaborer, me montrer.
Ouf! Sorti d'un vilain piège.
***
Le but de ce texte était de montrer à quel point le côté psychologique est important dans le développement d'un artiste, et comment il peut le bloquer, l'envoyer sur des mauvaises pistes, le déprimer, ou au contraire lui donner des illusions impossibles.
Dés lors que l'on a conscience de ces phénomènes, on les appréhende plus sereinement et l'on peut s'adonner à l'écriture sans soucis.
03 janvier 2006
Grosse déprime
Notre monde moderne a mis en place une mythologie mensongère qui ruine bien des vies: on nous fait croire que chacun peut devenir quelqu'un à la seule force de sa volonté.
N'importe quoi.
Si vous me lisez, vous avez probablement des aspirations d'artiste. Vous êtes plus ambitieux que de nombreuses personnes dans votre entourage, vous créez des choses, vous essayez de faire du beau à partir de rien. Vous construisez des mondes à la force de votre imagination. Vous êtes quelqu'un d'éduqué, de cultivé, de motivé. Vous vallez mieux que bon nombre des êtres humains... Erreur. Grave erreur.
99% des gens vous ressemblent tellement. Vous êtes d'une banalité affligeante. Vous n'êtes pas moins bon, vous êtes tout simplement médiocre comme les autres.
Vous pensez avoir fait du chemin, pourtant. Vous avez consciencieusement lu des livres théoriques, écrit pas mal de choses, collaboré avec d'autres apprentis.
Vous n'êtes qu'un loser comme les autres, qu'est-ce que vous croyez? Vous pensiez réellement être meilleur que les autres avec quelques années de travail comme ça? N'importe quoi, tout le monde peut en faire autant que vous. C'est à la portée du premier venu, en fait.
Mais pourtant, certains élémens troublants vous font penser le contraire. Exemple: vous êtes le seul de votre quartier, école, bureau, à écrire des trucs. Statistiquement, vous être premier sur des milliers.
On continue le raisonnement: il y a un type comme vous dans chaque ville. Il y a des centaines des milliers de villes dans le monde. Donc il y a des centaines de milliers de types qui sont numéro un (DANS LEUR DOMAINE! Ils ne sont pas supérieurs aux autres par ailleurs) dans leur coin.
Ca fait de vous, en pourcentage, un 0.0001%
Bravo! Vous êtes une merde!
Alors maintenant, vous attendez la chute, ou j'explique que malgré tout avec plus de travail vous pouvez quand même y arriver. Vous êtes vraiment un peu petit mouton de Panurge, mystifié comme les autres par la mythologie moderne.
Il n'y a pas de chute, c'est la vérité. Vous ne deviendrez rien car vous n'avez aucun talent. Vous agacez les autres avec vos textes insignifiants.
Voilà, c'est tout.
Arrêtez.
N'importe quoi.
Si vous me lisez, vous avez probablement des aspirations d'artiste. Vous êtes plus ambitieux que de nombreuses personnes dans votre entourage, vous créez des choses, vous essayez de faire du beau à partir de rien. Vous construisez des mondes à la force de votre imagination. Vous êtes quelqu'un d'éduqué, de cultivé, de motivé. Vous vallez mieux que bon nombre des êtres humains... Erreur. Grave erreur.
99% des gens vous ressemblent tellement. Vous êtes d'une banalité affligeante. Vous n'êtes pas moins bon, vous êtes tout simplement médiocre comme les autres.
Vous pensez avoir fait du chemin, pourtant. Vous avez consciencieusement lu des livres théoriques, écrit pas mal de choses, collaboré avec d'autres apprentis.
Vous n'êtes qu'un loser comme les autres, qu'est-ce que vous croyez? Vous pensiez réellement être meilleur que les autres avec quelques années de travail comme ça? N'importe quoi, tout le monde peut en faire autant que vous. C'est à la portée du premier venu, en fait.
Mais pourtant, certains élémens troublants vous font penser le contraire. Exemple: vous êtes le seul de votre quartier, école, bureau, à écrire des trucs. Statistiquement, vous être premier sur des milliers.
On continue le raisonnement: il y a un type comme vous dans chaque ville. Il y a des centaines des milliers de villes dans le monde. Donc il y a des centaines de milliers de types qui sont numéro un (DANS LEUR DOMAINE! Ils ne sont pas supérieurs aux autres par ailleurs) dans leur coin.
Ca fait de vous, en pourcentage, un 0.0001%
Bravo! Vous êtes une merde!
Alors maintenant, vous attendez la chute, ou j'explique que malgré tout avec plus de travail vous pouvez quand même y arriver. Vous êtes vraiment un peu petit mouton de Panurge, mystifié comme les autres par la mythologie moderne.
Il n'y a pas de chute, c'est la vérité. Vous ne deviendrez rien car vous n'avez aucun talent. Vous agacez les autres avec vos textes insignifiants.
Voilà, c'est tout.
Arrêtez.
27 décembre 2005
Macro et Microscopie du récit
L'auteur inspiré doit diviser son esprit en deux parties: la première s'occupe de l'histoire dans sa globalité, la seconde des éléments ponctuels comme les dialogues, les figures de style, les actions des personnages.
Ces deux hémisphères doivent fonctionner simultanément, et pas séquentiellement. En effet, chaque élément microscopique du récit s'inscrit dans un ensemble qui l'influence et qu'il influence. Il ne s'agit pas d'additionner des éléments disparates qui, bout à bout, forment un récit. Cette façon de faire aboutirait à un patchwork incohérent. Hors, un long texte doit être une oeuvre cohérente.
En général, le processus créatif nous pousse à séparer Micro- et Macro-scopie, pour des raisons pratiques, et tout simplement parce que cerveau est "monotâche". Lorsque l'on se réveille un beau matin avec une idée de scène toute fraîche, très motivante, très visuelle, on est dans le cadre microscopique. C'est une scène qui dure tout au plus quelques secondes, elle nous met sur une piste esthétique, mais ne nous donne que quelques indices sur le déroulement global de l'histoire et sur la psychologie des personnages.
Plus tard, lorsque l'on ébauche un séquencier ou un traitement, on est dans le monde Macroscopique. Un vue d'ensemble sur le récit qui permet un agencement des scènes efficace. On oublie momentanément les détails microscopiques.
Arrivé à l'étape de l'écriture proprement dite, il faut mélanger les deux conceptions, et faire un effort particulier auquel le cerveau humain n'est pas habitué. C'est toute la difficulté de l'écriture. La poésie, par exemple, se focalise sur la conception microscopique uniquement: l'auteur travaille les sonorités, les syllabes, l'agencement des mots, des rimes. Cette focalisation unique permet un travail de virtuosité très spécialisé. Le roman ne permet pas cette spécialisation. En effet, si l'auteur de roman travaillait chaque mot comme un joallier, il en perdrait de vue la totalité du récit, qui pourrait en être déstructuré.
D'un autre côté, en se focalisant uniquement sur le récit dans son ensemble, le style peut s'en ressentir. Si cela n'est pas fatal dans un scénario de cinéma, c'est un péché mortel dans un roman. On retrouve parfois ce défaut dans quelques épopées-fleuves de plusieurs milliers de pages. Je pense notamment à La Tour Sombre, de Stephen King, dans lequel l'auteur écrit "en roue libre", sans grande attention au style. Il est largement pardonné par la richesse de l'imaginaire, mais je ne conseille par aux apprentis auteurs de tomber dans cet éceuil.
Alors, quelle est la solution?
Je conseille la double lecture. En première lecture on se concentre principalement sur le déroulement du récit, la psychologie des personnages et l'emboîtement des scènes. En deuxième passe, on soigne la tonalité de chaque élément, la qualité des phrases, etc.
On n'oubliera pas toutefois une lecture globale, en se positionant dans le rôle de quelqu'un d'autre: est-ce que mélange veut encore dire quelque chose?
Ces deux hémisphères doivent fonctionner simultanément, et pas séquentiellement. En effet, chaque élément microscopique du récit s'inscrit dans un ensemble qui l'influence et qu'il influence. Il ne s'agit pas d'additionner des éléments disparates qui, bout à bout, forment un récit. Cette façon de faire aboutirait à un patchwork incohérent. Hors, un long texte doit être une oeuvre cohérente.
En général, le processus créatif nous pousse à séparer Micro- et Macro-scopie, pour des raisons pratiques, et tout simplement parce que cerveau est "monotâche". Lorsque l'on se réveille un beau matin avec une idée de scène toute fraîche, très motivante, très visuelle, on est dans le cadre microscopique. C'est une scène qui dure tout au plus quelques secondes, elle nous met sur une piste esthétique, mais ne nous donne que quelques indices sur le déroulement global de l'histoire et sur la psychologie des personnages.
Plus tard, lorsque l'on ébauche un séquencier ou un traitement, on est dans le monde Macroscopique. Un vue d'ensemble sur le récit qui permet un agencement des scènes efficace. On oublie momentanément les détails microscopiques.
Arrivé à l'étape de l'écriture proprement dite, il faut mélanger les deux conceptions, et faire un effort particulier auquel le cerveau humain n'est pas habitué. C'est toute la difficulté de l'écriture. La poésie, par exemple, se focalise sur la conception microscopique uniquement: l'auteur travaille les sonorités, les syllabes, l'agencement des mots, des rimes. Cette focalisation unique permet un travail de virtuosité très spécialisé. Le roman ne permet pas cette spécialisation. En effet, si l'auteur de roman travaillait chaque mot comme un joallier, il en perdrait de vue la totalité du récit, qui pourrait en être déstructuré.
D'un autre côté, en se focalisant uniquement sur le récit dans son ensemble, le style peut s'en ressentir. Si cela n'est pas fatal dans un scénario de cinéma, c'est un péché mortel dans un roman. On retrouve parfois ce défaut dans quelques épopées-fleuves de plusieurs milliers de pages. Je pense notamment à La Tour Sombre, de Stephen King, dans lequel l'auteur écrit "en roue libre", sans grande attention au style. Il est largement pardonné par la richesse de l'imaginaire, mais je ne conseille par aux apprentis auteurs de tomber dans cet éceuil.
Alors, quelle est la solution?
Je conseille la double lecture. En première lecture on se concentre principalement sur le déroulement du récit, la psychologie des personnages et l'emboîtement des scènes. En deuxième passe, on soigne la tonalité de chaque élément, la qualité des phrases, etc.
On n'oubliera pas toutefois une lecture globale, en se positionant dans le rôle de quelqu'un d'autre: est-ce que mélange veut encore dire quelque chose?
15 septembre 2005
La page blanche

Mais face à la feuille blanche, le problème de la non-écriture n'est pas résolu. Ecrire, c'est facile, en fait: il suffit de retranscrire en temps réel le soliloque qui émerge à l'instant où l'auteur est assis à son bureau. Toute la difficulté, bien entendu, est d'obtenir un soliloque digne d'être retranscrit.
Le travail de l'auteur consiste donc à produire un soliloque et à poser un jugement sur celui-ci en même temps. C'est là le noeud du problème: un auteur trop laxiste par rapport à son soliloque se contentera d'un verbiage sans consistance, mais un auteur trop sévère se paralysera et entrera dans un spirale d'auto-dépréciation qui ruinera toutes ses chances de terminer son roman.
La plupart des apprentis-auteurs tombent dans l'un ou l'autre extrême. Les plus optimistes écriront "au kilomètre", enverront leurs manuscrits à tous les éditeurs du pays et s'étonneront d'être incompris. Les plus réalistes se rendront rapidement compte que le niveau de leurs écrits n'arrive pas à la cheville des Auteurs Inspirés et entreront dans la spirale infernale. C'est principalement eux qui connaîtront le problème de la page blanche.
La bonne nouvelle, c'est que ce processus négatif n'est pas une fatalité: il peut être renversé et utilisé à bon escient.
La première étape consiste à déceler dans les romans des Auteurs Inspirés les éléments qui font défaut dans l'oeuvre des apprentis-auteurs. Il faut particulièrement insister sur la démystification de ces différences. Ces différences porteront sur la forme et sur le fond. Les Auteurs Inspiré forment des phrases qui s'enchaînent avec fluidité, dans une belle sonorité et dans un rythme agréable. Ils éviteront, contrairement à moi, d'utiliser systématiquement des phrases neutres ou passives qui alourdissent la lecture (comptez dans cet article le nombre d'infinitifs ou de "il" impersonnels, c'est effrayant). Les Auteurs Inspirés racontent des histoires structurées selon des règles de dramaturgie. Ils font éventuellemen passer des messages.
Lorsque l'apprenti-auteur aura recensé avec honnêteté (l'aide d'une critique extérieur est souvent indispensable) l'ensemble des éléments qui font défaut à son écriture, il se rendra compte que la fossé qui le sépare des Auteurs Inspirés n'est pas si large que ça. Au moins, il aura un but à atteindre. Et le meilleur moyen d'atteindre un but, c'est simplement de se le fixer.
La deuxième étape consiste à diminuer le niveau d'auto-critique qui s'effectue à priori sur l'écriture. L'apprenti-auteur doit faire taire sa conscience critique momentanément, sans quoi il retourne dans la spirale de la défaite. Néanmoins, il ne doit pas l'oublier complètement: cet esprit critique doit absolument resurgir a posteriori. La pire chose à faire est de relire le début d'un roman en cours d'écriture: l'esprit critique sera tellement acerbe que l'envie de poursuivre se volatilisera aussitôt. Il vaut mieux tout écrire d'une traite, quitte à retravailler des passages par après.
Il vaut mieux oublier tous les rituels d'écriture, qui sont de toute manière complètement irrationnels. Ils bloquent plus qu'ils n'inspirent.
Les Auteurs Inspirés ne sont pas à l'abri de la page blanche, mais ils développent des boucliers qui leur permettent de s'en débarasser. En voici quelques-uns:
1) la rigeur horaire. Amélie Nothomb écrit tous les jours sans exception pendant 4 heures. Cette constance lui permet d'écrire jusqu'à 3 romans par an (pour un seul publié) ce qui lui enlève une partie de la pression et de l'esprit critique. De plus, l'exercice quotidien de l'écriture a pour effet d'améliorer sensiblement la qualité de l'écriture et une production littéraire abondante augmente les chances de réussite (c'est statistiquement prouvé).
2) l'écriture parallèle. Si la fiction entraîne souvent la peur de la page blanche, c'est moins le cas de la littérature "pratique" ou journalistique. L'exercice de l'écriture peut donc se faire via des moyens détournés, comme des livres de voyage, des biographies, des livres de cuisine, etc. Vous qui lisez ces articles voyez un exemple parfait de cette technique!
3) l'écriture forcée, l'écriture organique, l'écriture libérée: dans le pire des cas, faites confiance à votre génie et écrasez complètement votre esprit critique. Commencez à écrire sans plan préalable, et continuez à improviser jusqu'à la fin. Ne vous inquiétez nullement de la qualité de votre oevure. Ne vous donnez aucun plan en cours d'écriture. Ne suivez aucun chemin connu. Ecrivez véritablement en homme libre! Avec un peu de chance, le résultat de l'expérience sera satisfaisant.
Comme vous venez de le constater, la peur de la page blanche relève plus de l'ignorance et de l'obscurantisme que d'une inaptitude à l'écriture. Tout homme raisonné en viendra à bout au prix de quelques efforts.
Inscription à :
Articles (Atom)