20 décembre 2014

Les nouvelles du front

Camarades,

Je vous ai laissé sans nouvelles depuis plus d'un an maintenant. Apparemment, je n'ai manqué à personne, donc je reviens exclusivement par sursaut d'orgueil.

En réalité, le monde du scénario me semble désormais bien lointain hélas. Je suis retombé sur ce blog suite à l'actualité entourant le film "The Interview" et la guerre froide puérile entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. En effet, j'avais, à l'occasion du "Pitch Project" de 2011, écrit un pitch qui - dans mes souvenirs - semblait assez proche de celui de "The Interview"... Juste assez pour que j'aille vérifier. Bon, en fait, dans le pitch, j'évoquais juste la Corée du Nord et rien d'autre... Fichue mémoire!

Mais revenir ici m'a donné une bouffée de nostalgie et je me dois désormais de faire le point sur ma carrière et mes ambitions.

Disons-le tout net: aucune de mes ambitions artistiques n'aura été comblée, et je n'ai pas été capable de mener à bien mes rêves. Je fête bientôt mes 30 ans, et je gagne relativement bien ma vie en tant que... programmeur informatique (long story). Yep: l'exact opposé de tout ce dont je rêvais.

Ne me comprenez pas de travers, j'aime mon métier et l'activité de programmation me procure pas mal de plaisir (comparable à celui qu'on ressent en écrivant, une sorte de plénitude "zen" quand on est "in the zone"). Bien entendu, je n'écrivais pas uniquement pour atteindre cet espèce de nirvana méditatif, mais c'était la manifestation la plus concrète du plaisir que l'écriture provoquait.

Le plaisir de raconter une histoire, de provoquer des émotions, a été entièrement éradiqué de ma vie. Dans un accès de colère orgueilleux, j'ai décidé que je n'étais pas digne d'écrire des histoires. J'ai arrêté mes scénarios, mes romans, et même le journalisme.

Je m'en suis donc tenu à écrire des listes d'instructions à destination d'une machine. Avec la douce certitude que la machine, toujours fidèle à elle-même, ne me trahirait jamais. En ce sens, la programmation est une activité extrêmement reposante.

A un niveau superficiel, je suis sûrement plus heureux aujourd'hui que quand je me prenais pour un écrivain. Je gagne bien ma vie, mon emploi est stable, mes parents sont contents, et les choses que je produis (en général, des sites internet) sont utiles à mes clients.

Mais creusez un peu - ou lisez cet article - et vous comprendrez bien vite que le manque est là. Qu'il ne partira jamais, et qu'il me ronge. Et que programmer des ordinateurs n'est qu'un pâle substitut, qui remplace le prestige par l'argent, mais qui suffoque toute bravoure, toute fierté. Je ne suis plus le héros de ma vie, je suis devenu le figurant dans la vie de mon employeur.

Le ton de cet article est d'une aigreur à faire doubler les ventes de Rennie. Pardon pour cela. Mais c'est un peu la conclusion triste de ce blog qui fut, je l'espère, souvent plein d'espoir. Et c'est aigre car il n'y a plus vraiment d'espoir. Bien sûr, on pourra toujours me dire qu'il n'est jamais trop tard pour écrire. Que je peux encore inventer des histoires! Que je peux encore faire des séries TV!

Bien sûr...

Mais si je n'avais plus vraiment envie? Si je n'avais plus la force... Si, dans mon rêve, il était sous-entendu: "je deviendrai écrivain car je suis bon pour cela"? Et que la vie réelle m'avait systématiquement prouvé qu'en réalité, je n'étais pas si bon que je l'espérais? Si mon rêve ne résistait pas à la nécessité de faire ses preuves envers et contre tout? Non, dans mon rêve, ça se passait facilement, car mon talent était évident...

Dans la vraie vie, c'est mon talent pour l'informatique qui semble trouver grâce aux yeux de ceux qui peuvent me donner des projets intéressants. Un talent pour lequel je n'ai jamais étudié, ni pour lequel je n'ai jamais écrit le moindre blog. Un talent qui ne m'a jamais fait rêvé outre mesure. Mais un talent qui rend tout si facile.

Est-ce que c'est ça, devenir adulte? Se rendre compte qu'on suivait le mauvais rêve depuis le départ? Ou accepter que le rêve doit rester un rêve? Ou comprendre que l'on ne peut jamais vraiment se connaître soi-même? Que l'on se croit fort dans des domaines où l'on est à peine médiocre? Et d'autre domaines où l'on se croit faible, mais où l'on surnage tout de même?

Devenir adulte, ça craint un peu... Car malgré tout ça, on ne m'enlèvera jamais totalement de l'idée que j'aurais fait un bon *jeune* scénariste.

Maintenant, au mieux, je serai un bon *vieux* scénariste.

08 mai 2013

Les séries pour enfants des années 90

Je suis en plein trip régressif en ce moment. Après avoir regardé les dessins animés bien connus de mon enfance (tout ce qui passait sur Dorothée et les Minikeums), j'ai creusé un peu plus profondément dans le puits de ma mémoire pour ressortir des tréfonds les séries injustement oubliées de cette époque.

En les regardant avec un oeil d'adulte, je ne peux admettre qu'une conclusion: c'était vachement bien! Petit tour d'horizon des séries pour enfants des années 90 que je préfère.

Les maîtres des sortilèges (Spellbinder)
Série australienne, les Maîtres des Sortilèges raconte les aventures de jeunes qui se perdent dans un monde parallèle ambiance steampunk (grosse influence de Nikola Tesla) dominé par les terribles "Spellbinders" qui maîtrisent seuls l'électricité et tyrannisent la population. Les jeunes vont héroïquement rétablir la justice dans ce monde parallèle, tout en cherchant à retrouver le chemin de leur maison.

Bien entendu, les effets spéciaux et la musique Bontempi un peu cheap peuvent aujourd'hui faire sourire. Mais une chose est sûre: les scénarios sont vachement captivants. L'avantage des séries pour enfants, c'est qu'elles ne perdent pas de temps: en un épisode, des ados passent d'un monde à l'autre, sont capturés, s'enfuient, etc. Bref, on ne s'ennuie pas une seconde.

D'autre part, cette série possède un imaginaire libérateur pour les enfants: sans leurs parents, dans un monde où ils peuvent jouer à jeu égal avec les adultes, ils ont le pouvoir de changer les choses. Un soupçon de science et de magie rendent le tout très excitant. C'est comme une bonne campagne de Donjons et Dragons: tout est possible!

A noter que les créateurs de la série étaient aussi à l'origine de Alana ou le futur imparfait, série du même genre.

L'odyssée fantastique ou imaginaire (The Jellybean Odyssey)
Série canadienne, L'odyssée fantastique se déroule entièrement dans la tête d'un ado qui est dans le coma. Dans ce monde imaginaire, les adultes ont complètement disparu, et les enfants, loin d'être des petits anges, on fondé un état totalitaire dans lequel nos héros doivent rétablir la justice.

Reprenant à son compte la thèse de Sa Majesté Des Mouches, cette série est fichtrement plus intelligente qu'elle n'en à l'air. Sous des airs d'aventures légères où des enfants parcourent des décors post-apocalyptiques façon Mad Max, on trouve une caricature bien trempée des régimes totalitaires et de la bêtise des foules.

Encore un fois, la série fonctionne bien car elle libère l'enfant de tout ingérence des adultes. La série s'adresse directement aux enfants, et les atteint directement à un niveau psychologique primal: la frustration d'être tout le temps enfermé dans le carcans imposé par les adultes.

La série sert donc d'exutoire, tout en ayant l'avantage d'être bien écrite et d'être divertissante: les aventures que nos héros vivent sont haletantes, pleines de rebondissements, et ont un lien symbolique avec le monde réel. Le suspense est donc constant: quand le héros va-t-il sortir de son coma?

Mission top-secret
Encore des australiens! Mission top secret raconte les aventures d'un groupe d'enfants dispersés aux quatre coins de la planète mais travaillant tous pour l'organisation Alpha Centauri, dont l'objectif est... de faire le bien dans le monde (comme dans MacGyver et sa fondation Phoenix, c'est flou).

Cela peu sembler cocasse de fare travailler dans enfants dans une organisation de contre-espionnage mondial, mais ça fonctionne très bien. Contrairement aux séries évoquées ci-dessus, les enfants ne sont pas ici entièrement libres, ils sont supervisés par le chef de Alpha Centauri, Sir Joshua, un vieux scientifique riche qui tient plus du grand-père que du patron.

En réalité, cette série est un cours de géographie, de science, d'histoire, sous le masque d'une petite intrigue d'aventure. Sur le même mode que Carmen Sandiego, on voyage beaucoup (en réalité, dans les pays diffusant la série), et au passage on apprend plein de choses (je me souviens toujours du Chateau d'Ambroise où Léonard de Vinci a vécu).

Océane (Ocean Girl)
Encore et toujours des australiens... Océane raconte l'histoire d'une fille qui vit sur une île déserte et sous l'océan, loin de la civilisation. Mais un jours elle est découverte par une équipe de scientifiques qui vivent dans un cité sous-marine (ORCA). Les enfants de ces scientifiques se lient d'amitié avec Océane, ce qui crée quelques frictions avec les adultes.

Là, on est purement dans la série écolo en plein (limite SOS Polluards, pour ceux qui s'en souviennent). C'est parfois un peu moralisateur, mais c'est avant tout de la science fiction, puisque la fille de l'eau est une extra-terrestre.

Beaucoup moins libératrice dans son imaginaire que les autres séries mentionnées, Océane est plus terre à terre (mer à mer, si vous préférez), avec une omniprésence d'adultes qui contrôlent tout. Ici, les enfants restent vraiment des enfants - avec tout ce que cela comporte de limites. La cité ORCA est assez claustrophobique et l'ambiance est souvent tendue. Cela crée du bon drame, mais peut-être pour des enfants plus mûrs.

Il faut noter que cette série a connu un grand succès et que son créateur est aussi l'auteur de la série H2O, beaucoup plus récente et dans l'air du temps, mais très réussie également.

Les Intrépides
Série canadienne francophone, qui révéla l'acteur Lorant Deutsch, Les Intrépides raconte l'histoire de Tom et Julie, deux ados, qui présentent une émission de radio pirate dans laquelle ils viennent en aide aux auditeurs en détresse. Chaque épisode est l'occasion de résoudre une nouvelle affaire.

Bon, ils faut être honnête: cette série a mal vieilli. Mais à l'époque, j'étais fan. Julie était mignonne, mais pas trop, juste assez pour être l'équipière parfaite. Plein de ressources, nos deux héros se sortaient toujours d'embûches et aidaient le monde entier.

Ce qu'il manquait à cette série pour être vraiment géniale, était sans doute l'ambition de créer des arcs narratifs plus longs et d'éviter la redite. Avec les Intrépides, on avait toujours le même schéma: les Intrépides sauvent un ado en détresse, mais le méchant en fin de compte n'était pas si méchant que ça - c'était sûrement un malentendu - et tout le monde s'en sort bien.

Ce côté un peu cucul, qu'on ne retrouve pas dans les séries qui s'adressent vraiment aux enfants, rendait le tout un peu mou et fade. Mais cela étant dit, les épisodes en eux-même étaient bien foutus. Il y avait du mystère, du suspense, et un côté MacGyver débrouillard très plaisant.

Conclusion
Je n'ai pas envie de faire le vieux con et de dire que c'était mieux avant... Mais quand même: je ne retrouve plus ce genre de séries à l'imaginaire débordant aujourd'hui. Dans les séries pour enfants d'aujourd'hui (produites principalement par Disney), l'imaginaire est réduit à néant, cadré par des adultes, dans une ambiance de concours de popularité à l'école, très désagréable.

Que ce soit Zak et Cody, iCarly, Big Time Rush, etc. Les années 2000 sont les années du "moi je rêve d'être une star". C'est le "moi je" alors que les années 90 mettaient en avant l'entraide et la rebellion face aux adultes.

Une constante, dans les séries que j'ai cité: les histoires de coeur sont reléguées au deuxième plan, voire absentes totalement. C'est d'après moi un véritable gage de qualité du point de vue de l'imaginaire. Toutes les séries pour enfants/ados avec des histoire de coeur sont assez mauvaises en général. Skins est peut-être l'unique exception.

Autre élément clé: donner à l'enfant des attributs d'adultes. Il de se débrouiller seul, sans repère, face à l'adversité. Le faire prendre des initiatives. C'est comme ça qu'il développe son imaginaire.

Enfin, ne pas avoir peur de la noirceur et de la réalité. Les enfants n'ont pas besoin d'être cajolés. Ils n'ont pas envie qu'on leur fasse la leçon. Le leçon sera faite d'elle-même lorsque les héros montreront l'exemple sans s'en vanter.

08 avril 2013

Julie Lescaut, fin du supplice

TF1 a annoncé l'arrêt définitif de la série Julie Lescaut, après 21 ans de bons et loyaux services. Bien entendu, on se doute que les déclarations douteuses de Véronique Genest ces derniers temps ont poussé prématurément la série vers la porte de sortie (même si elle s'en défend). Mais la fin de Julie Lescaut marque surtout le passage symbolique dans une nouvelle ère audiovisuelle: aujourd'hui, il n'est plus possible de faire de la télévision comme en 1992. Passage en revue des pratiques obsolètes.

L'héroïne 100% pur porc
Julie Lescaut représente l'héroïne française moyenne classique: jolie sans être sexuellement oppressante, pétrie de bons sentiments, blanche de peau, toujours fidèle et prête au sacrifice, raisonnable, polie, conciliante, appaisante, de centre-gauche avec parfois un bon sens paysan de droite, mais jamais dans l'extrêmisme (je parle bien du personnage, pas de l'actrice, qui en est à peu de chose près l'exact opposé).

Cette recette pour créer des héros ne fonctionne plus aujourd'hui. C'est le modèle "Superman", qui s'écroule face à l'ambiguité du modèle "Batman": les anti-héros, les héros torturés, avec une face obscure, sont bien plus intéressants, surtout dans un système dramaturgique sériel (pensez Dr. House, Dexter, Les Sopranos, etc.)

De même, Julie Lescaut servait de véhicule idéologique neutre: représentant le dénominateur commun de toutes les tendances politiques, elle en devenait très fade. Julie Lescaut, c'est comme Tintin, une coquille vide qui sert d'interface au spectateur pour se projeter dans le récit.

Mais si la fadeur de Tintin était équilibrée par l'exubérance de ses personnages secondaires, Julie Lescaut se trouvait bien seule dans une équipe où le plus marquant de tous était... Mouss Diouf. Maigre récompense.

Aujourd'hui, il ne faut plus avoir peur de montrer un héros avec ses convictions fortes, et aliénantes. Un mafieux catholique? Très bien! Un fonctionnaire libertaire? Parfait! Lorsque la prise de position du personnage est comprise par le scénariste, pas moquée, elle devient un trait de caractère qui renforce l'identification du spectateur: certes, il ne partage pas son avis, mais il partage son ressenti. C'est plus important.

Un rythme trop lent
La série s'arrêtera donc après 101 épisodes en 21 ans. Soit cinq épisodes par an. C'est trop peu! Beaucoup trop peu!  Le minmum acceptable pour une série, c'est 12 épisodes par an: ça permet de faire un épisode par semaine pendant une saison. Tout juste assez pour s'en souvenir l'année d'après.

Mais cinq épisodes, ça oblige à de la contorsion de programmateur pour caser les épisodes inédits entre une floppée de rediffusions qui diluent l'intérêt de la série. On en perd le fil, donc la continuité, et donc, par réaction, les scénaristes limitent au possible toute continuité. On est vraiment dans de la série non-feuilletonnante, dans l'enfilade de one-shot.

Bien sûr, on retrouvera quelques lignes conductrices ci et là, mais sans enthousiasme: Julie Lescaut est une série qui "se laisse voir" et non qui "se regarde". C'est pratique pour ratisser large, mais pathétique pour l'image de la chaîne. D'ailleurs, le public avait une fâcheuse tendance au vieillissement. Les jeunes ne regardent une série que si elle les motive un tant soit peu. Sinon, ils ont mieux à faire: internet et les jeux-vidéo sont des compagnons plus adaptés à leurs intérêts.

La recette de papa
Julie Lescaut, c'est "la télévision de papa". Un produit adapté à un autre temps. Reproduire cette recette aujourd'hui, c'est voué à l'échec. Tous les ingrédients ont été tellement réutilisés par les diffuseurs que leur ingestion ne provoque que la nausée.

Tout d'abor, les séries où le personnage principal se définit uniquement par son métier, c'est fini.

Julie Lescaut, c'est une flic. Et elle est rousse. Voilà tout ce qu'on peut dire en 21 ans d'histoires.

Comparez avec Dr House, dont on sait que c'est un médecin, mais ce n'est pas ce qui le définit en tant qu'être humain. Avant d'être médecin, c'est un salopard cynique bourré de démons qui les évacue dans la drogue et l'exercice de la médecine. Son métier n'est qu'un effet secondaire.

Julie Lescaut, c'est aussi une série sans surprises, sans tension. On pourrait aller jusqu'à dire que c'est une série sans dramaturgie. Certes, les personnages parlent et bougent, parfois ils agitent une arme, mais tout ça c'est comme agiter du vent. En réalité, en profondeur, c'est le status quo éternel.

On ne se souviendra jamais d'aucune intrigue hors du commun de Julie Lescaut. Ni d'une saison moins réussie que les autres, ou plus bizarre que d'habitude, ou plus rocambolesque, ou plus romantique d'ailleurs. Rien ne dépasse des lignes. Bien droites, les lignes.

Il est temps aujourd'hui de faire éclater ces lignes et de faire place, même sur TF1, à de la fiction engageante. Il ne faut plus viser le plus grand dénominateur commun, mais parier sur la force dramatique de personnages qui existent avec leurs faiblesses et leur réalité parfois obscure.

Il faut jeter la recette de papa, et inventer la recette de fiston.

03 avril 2013

Game of Thrones, ou l'art de la contrariété

La troisième saison de Game of Thrones vient de commencer en grande pompe (il a presque même complètement éclipsé le retour de Doctor Who), avec un premier épisode dont les médias disent qu'il est "le plus piraté du monde". J'ignore comme sont effectués les calculs, mais on les croit sur parole. L'épisode en lui-même était plutôt moyen (pareil pour Doctor Who d'ailleurs), mais c'est pour moi l'occasion d'analyser la série avec un grille de lecture particulière: l'art de la contrariété.

Les personnages de la série courent tous derrière une chimère: pour les uns, c'est l'honneur, pour les autres, c'est le pouvoir. Même Tyrion Lannister, dont on a pu croire qu'il ne s'intéressait qu'aux plaisirs bien concrets de la chair, s'est abandonné aux jeux de pouvoir et, pire, à l'amour romantique.

Dans cette course insensée, tous les personnages font constamment face à de grosses contrariétés: malgré tous leurs plans, ils n'obtiennent jamais ce qu'ils veulent.

Bien entendu, c'est une des règles de base de la dramaturgie de contrer les plans des héros, pour mieux les mettre en situation de conflit et faire ressortir leur humanité. En effet, c'est sous des circonstances exceptionnellement éprouvantes que l'on reconnaît les vrais héros. En général, toutefois, les efforts finissent par être récompensés et le héros triomphe du mal.

Mais dans Game of Thrones, les scénaristes vont plus loin: tous les personnages, sans exception, et y compris les méchants, ne semblent jamais trouver de répit. Prenons quelques exemples.

1) Tyrion, le nain, est rejeté par son père alors qu'il vient de sauver King's Landing de la ruine.
2) Sansa est rejetée par Joffroy.
3) Jon Snow qui rêve de sauver son honneur dans le Nightwatch se fait capturer par une femme.
4) Joffroy Baratheon, le roi, croit faire une bonne affaire en changeant de reine, mais il se rend compte qu'elle prend des initiatives...
5) Lady Stark est emprisonnée par son propre fils.
6) Stannis Baratheon perd la guerre.
7) Cersei se rend compte que son fils tant aimé est un incapable détesté du peuple.
8) Daenerys Targaryen perd son mari et son enfant (mais elle y gagne au moins ses dragons)
9) Les faux-frères Stark/Greyjoy se font la guerre malgré leur attachement d'enfance.
10) Arya Stak a tout perdu: sa famille, sa ville, son prof d'escrime...

On pourrait continuer longtemps. A l'exception peut-être de Lord Baelish (et de Daenerys, donc) qui tire sont épingle du jeu, tout le monde n'arrête pas de morfler.

C'est très égalitaire comme traitement: méchants comme gentils sont victimes des coups du sort, ce qui permet un attachement étonnant à des personnages a priori imbuvables. On peut furtivement se mettre à la place de Joffroy et comprendre ce qui se passe dans sa tête, ce qui rend sa folie encore plus terrifiante.

Surtout, c'est un procédé hyper efficace pour gérer cette ribambelle interminable de personnages: comment faire pour que le public ne se mêle pas les pinceaux dans tout ce monde? Simple: souffrez AVEC les personnages. Au lieu d'assister de loin à des jeux abstrait de pouvoir, on vit de l'intérieur les souffrances du vil roi et du preux chevalier. On devient les deux. Et du coup, on n'oublie rien.

Il est intéressant de constater que les personnages les plus plats sont finalement ceux qui vivent le moins de conflit: le bras droit de Daenerys (j'en oublie son nom) est un beau gosse très courageux, mais finalement pas d'un grand intérêt. Pareil pour le petit prince Stark paralysé: depuis qu'il s'est échappé de Winterfell, on se fiche pas mal de savoir ce qui lui arrive, il a perdu tout intérêt.

Bref, Game of Thrones, malgré une petite baisse de régime sur ce début de troisième saison (beaucoup d'exposition) reste d'un excellent niveau, et je vous la conseille chaudement.

30 mars 2013

Concours de couillons

Le scénariste Antoine de Froberville pousse un coup de gueule dans le Huffington Post: les scénaristes écrivent pour gagner leur vie, pas pour passer des concours! En effet, de plus en plus de petites maisons de production tentent d'attirer le chaland en sous-traitant l'étape de l'écriture par le biais d'un concours.

Du coup, plus besoin de chercher ou d'engager un auteur: il suffit de laisser venir à soit les novices attirés par l'esprit de compétition. L'ironie, c'est que le prix pour l'heureux gagnant est dérisoire, en général bien en deçà du minimum syndical qu'un véritable scénariste est en droit d'exiger.

Ce qui pose un réel problème: si les scénaristes professionnels se font doubler par des petits jeunes sous-payés, ils meurent. Et les petits jeunes, vainqueurs du concours? Ils s'en viennent et s'en vont comme une denrée périssable. C'est la précarité pour tous.

Tout cela n'est pas nouveau.

D'ailleurs, si j'en parle, c'est uniquement parce que moi-même j'ai succombé à l'attrait des concours, il y a plusieurs années. Petit retour en arrière...

Nous sommes en 2003. J'ai 18 ans et je rêve de devenir scénariste. Mais en Belgique, à part deux écoles de cinéma (qui ne veulent pas de moi), les chemins pour y arriver semblent pour le moins sinueux. J'écrit donc "on spec" avec la naïveté et l'entrain du débutant.

Non seulement mon rythme d'écriture est très rapide (ne connaissant rien à la dramaturgie, je ne me pose aucune question) mais les premières critiques sont plutôt bonnes. J'étais à l'époque inscrit sur le site version-finale.fr (un site aujourd'hui disparu, et c'est dommage) où les visiteurs pouvaient critiquer librement tous mes scénarios. Ce n'étaient ni mes amis ni ma mère, et ils étaient pour la plupart élogieux, et à tout le moins, gentils. Je me croyais donc sur la bonne voie.

M'étant forgé la conviction que mon avenir professionnel se joue sur le terrain scénaristique, je commence à élaborer des plans de carrière. Mais, comme je le disais, en Belgique, il n'est pas question de "monter à la capitale" pour montrer son travail à un producteur: il n'y en a tout simplement pas.

Je suis à deux doigts de perdre espoir, lorsque je vois à la télévision une publicité pour un grand concours de scénario. Je soulève un sourcil. Le jury est composé de professionnels du cinéma, dont Alain Berliner, réalisateur de Ma vie en rose, un très bon film belge des années 90. Là, je soulève deux sourcils.

Lorsque, plus tard dans la journée, ils parlent du concours au journal télévisé, je suis carrément convaincu: "CinéQuest", du nom du concours, c'est une grosse machine, ils promettent de produire le scénario du gagnant, et les conditions de participation sont favorables, c'est à dire: ils veulent un "film de genre" moderne, et, mieux que tout, pour participer, c'est gratuit.

Je m'attèle donc à la tâche et j'écris un scénario fantastique, qui me semble, du haut de mes 18 ans, totalement génial. J'envoie le manuscrit et j'attends.

Bon, il se fait que je n'ai pas gagné, mais mon histoire ne s'arrête pas là. Loin de là...

Les mois passent, le gagnant est annoncé, bravo pour lui. Le projet retombe dans l'oubli. Ils sont sûrement en train de produire le fameux film promis, me dis-je ne toute naïveté.

Quelques années plus tard, alors que ce fameux concours m'est totalement sorti de l'esprit, je participe à l'écriture d'une série d'animation avec d'autres jeunes scénaristes. Nous nous sommes rencontrés via un forum internet, et notre écriture collective est très satisfaisante: l'émulation est à son comble, nous avons tous le même objectif.

Un midi, alors que nous mangeons un sandwich, nous discutons de nos parcours respectifs. "Pour ma part: pas grand chose, dis-je. J'ai vendu un petit scénario à RTL quand j'ai fait mon stage là-bas, pour une émission pour enfants..."

Un autre scénariste raconte: "Moi j'ai réalisé quelques courts métrages. Là j'ai reçu une aide à l'écriture du Fonds Flamand...."

Ok, très bien. On est plus ou moins au même niveau, pensais-je. Mais soudain, il rajoute:

"Ah oui, et aussi, il y a quelques années, j'ai gagné le concours CinéQuest."

Là, je tombe des nues! Ce scénariste débutant avec qui j'étais en train d'écrire avait eu exactement le même parcours que moi, sauf qu'il l'avait gagné, ce fameux concours! C'était lui le gagnant! Je ne l'avais pas reconnu! "Mais alors, qu'est devenu ce fameux film?" demandai-je.

L'histoire qu'il me fit des coulisses du concours fut assez calamiteuse pour le dégoûter des concours d'écriture à vie... En résumé: le promoteur du concours était un étudiant en business qui avait mis au point, avec l'argent de papa (un gros patron belge), un système fiscal avantageux pour lui, à condition de "faire du cinéma". Le fameux tax-shelter parlera peut-être à quelque-uns.

Bref, le margoulin avait réussi à réunir sous sa bannière des noms prestigieux, grâce à l'argent familial avait réussi à faire parler de son concours dans tous les médias, mais en réalité n'avait réellement l'intention de faire un film... Ou en tout cas, pas les moyens, ni logistiques ni intellectuels.

Le scénario écrit par mon camarade n'a jamais été exploité. Le concours s'es éteint de mort naturelle. Personne n'en a jamais plus parlé.

Qu'est-devenu le fameux producteur?

Il est resté producteur, de films obscurs direct-to-dvd dont personne n'a jamais entendu parlé. Il gagne probablement assez d'argent avec ses activités pour subvenir à ses besoins. En réalité, je pense qu'il n'était pas animé d'intentions mauvaises, il était juste trop incompétent. Il a surestimé ses forces. Et il a déçu pas mal de jeunes auteurs.

La morale? Dans ce genre de concours, le seul gagnant, c'est l'organisateur.

25 mars 2013

La Femis, concurrente du CEEA

La Femis, respectable école de cinéma, lance l'année prochaine une formation sur l'écriture des séries TV: un cursus à la mode, puisque c'est exactement ce que propose déjà le CEEA. J'ai vu ici et là des réactions plus ou moins enthousiastes à cette nouvelle; voici mon avis.

Les derniers rapports officiels sur la situation des scénaristes mettaient en avant un manque de formation, surtout en ce qui concerne les séries télé. La faible qualité des séries hexagonales s'explique, d'après les rapporteurs, par l'absence de véritable formation chez les scénaristes.

Je ne partage pas entièrement cet avis (beaucoup de rock stars n'ont pas fait de solfègre) mais il est néanmoins probable qu'une multiplication des formations entraîne une multiplication des talents, ne serait-ce que statistiquement. Ce vide va donc être (un peu) comblé... Mais comment et avec quels résultats?

La première question que l'on peut se poser est: la formation va-t-elle permettre un accès réel au marché du travail? Si l'on se base sur la concurrente (CEEA), la réponse est oui. On retrouve en effet pas mal d'anciens élèves du CEEA au générique de séries TV plus ou moins respectables. Avec sa réputation, La Femis a le potentiel de faire aussi bien.

Le risque, toutefois, est de proposer une formation plus abstraite, moins en prise avec les contraintes du marché. Là où le CEEA propose pragmatiquement des stages directement dans le pool d'auteurs de Plus Belle La Vie, créant de ce fait une expérience professionnelle inestimable, La Femis ne semble pas pour le moment mettre en avant un partenariat avec les diffuseurs. Affaire à suivre...

Deuxième question: cette nouvelle formation est-elle un "coup marketing" ou un véritable cursus de qualité? On le sait, de nombreuses écoles privées proposent des filières aux titres ronflants mais au contenu pathétique, souvent à prix d'or. La Femis a au moins l'avantage de ne pas être chère: subventionnée par l'Etat, elle ne coûte qu'environ 500€ par an. Difficile de parler d'un "coup marketing" dans ces conditions, surtout qu'elle ne prendra dans son giron que 12 élèves.

La qualité du cursus déprendra beaucoup des professeurs. La Femis promet, dans son dépliant publicitaire, l'encadrement par des "professionnels de haut niveau" ainsi qu'un "show-runner américain". La précision peut faire sourire, surtout en l'absence de nom. La formation semble en effet tournée vers les USA, promettant de "faire changer les usages figés de la profession". On peut apprécier l'intention, mais on restera sceptique sur les moyens.

Enfin, soyons pragmatiques, et posons-nous la vraie question: ais-je une chance de faire partie des 12 élèves?

Si vous avez déjà un diplôme de La Femis, apparement, oui: c'est la voie royale.

Si vous avez plus de 30 ans, il faudra prouver votre expérience professionnelle dans l'écriture narrative. Exemples cités: la BD, le cinéma, etc. La Femis étudiera alors votre dossier pour vous accorder une dérogation... L'ampleur de l'expérience professionnelle requise n'est pas précisée: dois-je être un réalisateur oscarisé, ou ais-je une chance avec mes trois courts-métrages? J'ai auto-édité mon roman, suis-je disqualifié d'office?

Si vous avez moins de 30 ans, vous êtes dans les conditions, mais il serait préférable, d'après le directeur, que vous ayez "une trentaine d'années..." Auquel cas il vous faudra demander la fameuse dérogation.

Donc, en fait, non: vous n'avez aucune chance de faire partie de 12 élèves. A demi-mots, La Femis avoue que la formation est réservée aux pros. D'après ma lecture des choses, inutile de gaspiller 100€ de frais de dossier pour tenter sa chance quand on n'a pas déjà une bonne expérience professionnelle en écriture.

Par exemple, même moi qui suis journaliste depuis des années, je ne tenterais pas le coup: la barrière à l'entrée me semble beaucoup plus haute qu'au CEEA (et même si je n'y suis pas entré, j'ai vu des potes d'expérience équivalente y entrer).

On peut déjà tirer une conclusion de tout ça: cette nouvelle formation a été annoncée un peu à la va-vite, sans trop réfléchir au comment. Les conditions d'admission sont floues, les moyens mis en oeuvre très abstraits, et les ambitions affichées un peu irréalistes.

Du côté des points forts, La Femis a très bonne réputation, le cursus semble alléchant, et, je cite, la présence du fameux "show-runner américain". La première année sera probablement pour les élèves une aventure rigolote (inaugurer une filière universitaire tient toujours de la cabriole) mais où l'activité principale sera l'essuyage de plâtres. Wait and see!

22 février 2013

La figure du jour: le kakemphaton

La kakemphaton est la collision malencontreuse de mots qui, lorsqu'ils sont lus à haute voix, créent un sens nouveau, souvent ridicule ou drôle, sans intention explicite de la part de l'auteur.

L'exemple le plus célèbre vient de Corneille, qui écrit dans sa pièce Horace:
" Je suis romaine hélas, puisque mon époux l'est"
A première vue, rien ne bien particulier ici. Maintenant mettez-vous à la place de la pauvre actrice qui devait réciter ce texte devant son public, et qui subissait les moqueries lorsqu'elle disait: "mon époux l'est"... "poulet"... Voilà: c'est ça, le kakemphaton!

Le même Corneille était d'ailleurs coutumier du fait. Dans une tragédie, il écrit:
"Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle, Et le désir s'accroît quand l'effet se recule."
Provoquant l'hilarité plutôt que l'émotion ("les fesses reculent"), Corneille fut obligé de modifier son vers.

Les kakemphatons apparaissent souvent lorsque l'ordre des mots est bousculé pour faire rimer un vers au forceps: à force d'inverser les sonorités, on finit toujours par tomber sur un calembourt involontaire. C'est tellement amusant que je pourrais en trouver toute la journée:
"Il voulait leur provoquer un choc, aux las." (chocolat)
"Il y avait, par salle, six filles." (salsifis)
"Le doute m'habite." (ma bite)
"Où s'était-on perdu?" (ses tétons)
Tout ça n'est pas bien malin, mais qu'est-ce que c'est rigolo!

21 février 2013

La figure du jour: l'hypozeuxe

L'hypozeuxe est une forme de parallélisme qui consiste toute simplement à répéter une certaine structure grammaticale, une certaine tournure de phrase. Les mots eux-mêmes changent, pas la structure. Un exemple de Victor Hugo:
"Dieu est l'auteur de la pièce; Satan est le directeur du théâtre"
[sujet] est le [complément] du [lieu], voilà la structure répétée dans ce cas-ci. Ce qui se trouve entre les crochets change. L'hypozeuxe ou parallélisme permet de rythmer un texte. La longeur de la structure ainsi répétée détemrine la cadence même de la lecture: binaire, ternaire, lente, rapide...

Pour les cinéphiles, Jurassic Park propose un exemple fameux d'hypozeuxe:
"Dieu crée les dinosaures, dieu détruit les dinosaures, dieu crée l'homme, l'homme détruit dieu, l’homme crée les dinosaures... "
Le rythme est ici implacable comme le destin. Toute la beauté de la figure de style vient, plus tard, de la collision rythmique que provoque la femme, qui rompt subitlement cette cadence en affirmant:
"Les dinosaures mangent l'homme, la femme hérite de la terre!"
Dans le toute dernière partie la structure [sujet] [verbe] [complément d'objet direct] devient [sujet] [verbe] [complément d'objet indirect]. La figure de style suit donc le fond de l'histoire, puisque la femme est disruptive, comme à son habitude!

20 février 2013

La figure du jour: la prétérition

La prétérition est un procédé mensonger qui consiste à parler de quelque chose alors qu'on avait promis de ne pas en parler. Inutile de vous en dire plus, je crois que vous comprenez de quoi il s'agit. On rencontre ce genre de phrases chez les gens qui n'assument pas ce qu'ils disent, ou qui veulent se montrer très (trop) polis.

Quelques exemples de prétérition en vrac:
"Je ne vous ferai pas l'affront de vous expliquer que les verbes au participe passé se terminent avec un accent aigu."
"Je ne vous présente pas Paul, mon fidèle assistant que voici..."
Les humoristes adorent la prétérition car elle place celui qui l'utilise dans une posture d'hypocrite ou de cynique, deux attitudes propices au rire. Prenons l'exemple de Pierre dans le Père Noël est une ordure:
"Je n'aime pas dire du mal des gens, mais c'est vrai qu'elle est gentille."
Ou encore le sketche célèbre des Inconnus, où ils passent leur temps à dire du mal des sportifs en terminant chaque phrase par:
"Mais cela ne nous regarde pas!"
Les auteurs dramatiques utilisent parfois la prétérition quand les mots leur manquent pour décrire quelque chose avec assez de précision. Par exemple, Balzac écrit dans Le Père Goriot:
"Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas."
Evidemment, la description est tout aussi précise et longue que si Balzac avait effectivement décrit le mobilier. Mais la prétérition nous sort momentanément de la narration pour briser le "quatrième mur".

En ce sens, la prétérition est une forme de méta-communication: on communique sur sa façon de communiquer. On commente ses propres paroles pour les mettre dans un certain contexte. C'est un cadrage préventif qui limite les interprétations.

Ainsi, de nombreuses personnes craignant d'être mal cataloguées se servent de la prétérition comme d'un bouclier social:
"Je ne veux pas passer pour un rasciste, mais c'est vrai que les noirs sont fainéants."
Evidemment, à moins de s'adresser à un auditoire particulièrement naïf, la manoeuvre ne berne plus grand monde.

15 février 2013

La figure du jour: l'autocatégorème

L'autocatégorème est une figure de style qui consiste à s'autoflageller afin de provoquer des éloges (ou à tout le moins de la sympathie), ce qui d'après mes estimations correspond à 90% des conversations dans le monde. D'ailleurs, peu importe que l'accusation soit sincère ou feinte, le tout est d'espérer une pluie de compliments flatteurs. Exemple:
"Je suis trop laide dans cette robe.
- Mais non, pas du tout, tu es magnifique, ma chérie."
Dans la vraie vie mon jeu préféré consiste à détecter ce genre de basses manoeuvres et à enfoncer leur instigateur encore plus bas:
"- C'est vrai que t'es moche là dedans. Peut-être qu'avec un sac sur la tête..."
Ce qui explique sans doute pourquoi je vis seul.

Plus subtilement, l'autocatégorème désigne aussi la manoeuvre d'un accusé qui reconnait ses torts, mais en les exagérant tellement qu'ils ne paraissent plus vraisemblables.
"Oui, c'est vrai, j'ai volé un morceau de pain. Je suis un ignoble personnage, sans coeur, sans limites, je suis une bête immonde qui mérite la cachot pour avoir ôté un bien si précieux, ce symbole christique, oui, c'est vrai, je mérite le châtiment suprême car j'ai commis l'irréparable..."
Avant la fin de sa phrase, on a déjà envie de le libérer!

En littérature, l'autocatégorème est relativement rare, mais on le retrouve chez Molière, qui fait dire à Tartuffe:
"Oui, mon frère, je suis un méchant, un coupable,
Un malheureux pécheur, tout plein d’iniquité,
Le plus grand scélérat qui jamais ait été.
Chaque instant de ma vie est chargé de souillures ;
Elle n’est qu’un amas de crimes et d’ordures ;
Et je vois que le ciel, pour ma punition,
Me veut mortifier en cette occasion.
De quelque grand forfait qu’on me puisse reprendre,
Je n’ai garde d’avoir l’orgueil de m’en défendre.
Croyez ce qu’on vous dit, armez votre courroux,
Et comme un criminel chassez-moi de chez vous ;
Je ne saurais avoir tant de honte en partage,
Que je n’en aie encor mérité davantage."
C'est plutôt dans le langage parlé, dans les discours, que l'on retrouvera cette figure de style. Les grands orateurs de la Rome Antique en étaient friands.

Si vous voulez reconnaître un faux modeste, cherchez les autocatégorèmes!

14 février 2013

La figure du jour: l'adynaton

Un adynaton est une hyperbole tellement exagérée qu'elle en devient comique.

Là où l'amplification ou l'hyperbole habituelle peut avoir un certain souffle épique, une portée héroïque, l'adynaton est le discours du ridicule. La différence est subtile, et dépend de la vraisemblance de la phrase: si c'est clairement impossible, ce ne peut être qu'un adynaton!

Un exemple très célèbre d'adynaton (combiné à une accumulation), c'est la tirade du nez de Cyrano de Bergerac:
"C'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule !"
Au-délà de cette phrase, c'est l'ensemble de la tirade qui étire le nez dans des proportions telles (le nez devient tour à tour perchoir, parasol, monument) que le ridicule est évident.

Les enfants aiment bien utiliser des adynatons lorsqu'ils se plaignent! N'as-t-on jamais entendu un enfant dire à ses parents:
"Tu me l'avais promis il y a au moins dix mille ans!"
L'enfant étire le temps au-délà du possible, ne laissant aucun doute sur le ridicule de son exagération. S'il avait donné une date plus réaliste ("tu me l'avais promis il y a 10 ans"), on serait face à une simple amplification et non à un adynaton.

Le langage populaire regorge d'expressions du même genre, telles que:
"Quand les poules auront des dents!"
Etrangement, l'adynaton était fort employé dans la littérature antique, où il avait moins ce côté absurde. L'exagération tenait alors au sublime, au divin. Jésus, par exemple, dit dans la Bible:
"Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu."
Mais très vite, les auteurs ont compris qu'ils étaient tournés en dérision. Il a fallu attendre les naïfs romantiques pour retrouver une certaine noblesse dans leurs déclarations d'amour exagérées.
"Mon coeur bat pour toi comme tous les tambours du monde."
On retrouve ce genre de phrase dans le journal intime des adolescentes. Mais aujourd'hui, dans une société rationelle et peu encline à l'expression des sentiments, l'adynaton est définitivement rangé dans le tiroir du risible.

13 février 2013

La figure du jour: l'hypallage

L'hypallage est une figure de style extrêmement courante: elle consiste à coller un adjectif (ou un complément) au mauvais mot dans la phrase, tout en laissant bien transparaître quelle devrait être sa place normale. Par exemple:
"Un ciel triste s'écrasait sur les passants."
Il est bien évident que ce sont les passants qui sont tristes, pas le ciel (un ciel peut être gris, nuageux, mais pas triste). Cette figure de style est si souvent employée qu'elle ne donne plus vraiment son effet: l'expression "ciel triste" est entrée dans le langage courant.

Il faut donc aller chercher plus loin pour trouver des exemples marquants, comme la façon dont Victor Hugo décrit un marchand:
"Ce marchand accoudé sur son comptoir avide"
On comprend bien que c'est le marchand qui est avide, et non le comptoir. Mais l'hypallage personnalise en quelque sorte ce comptoir pour lui donner les attributs du marchand, qui se confond entièrement avec son métier.

Prenons encore ce vers de Jacques Prévert:
"Un vieillard en or avec une montre en deuil"
On notera que dans ce cas-ci, on fait face à une hypallage double, puisque les deux adjectifs ont été inversés. Dans ce cas précis, les adjectifs fonctionnent étonnament bien dans le mauvais sens (l'expression "un type en or" est courante), ce qui accentue l'effet comique.

Un autre exemple d'hypallage double très célèbre:
"Ils allaient obscurs dans la nuit silencieuse"
Cette phrase, qui les latinistes connaissent bien puisqu'elle est de Virgile, bénéficie d'un parfum de suspense grâce à sa figure de style. Mais ne cherchez pas beaucoup plus loin: l'hypallage est un effet de style principalement esthétique. Il permet de créer des combinaisons inattendues qui restent parfois, comme on l'a vu, dans le langage courant. Si vous voulez marquer la langue française de votre empreinte, inventez de bonnes hypallages!

12 février 2013

La figure du jour: l'épanadiplose

Cette figure de style consiste à répéter à la fin d'une phrase (ou d'une strophe, ou d'une oeuvre) le même mot, la même expression, que tout au début de la phrase (ou de la strophe, ou de l'oeuvre), telle est cette figure de style.

Comme on le voit, l'épanadiplose permet d'insister assez lourdement sur un mot, dans le but de marquer les esprits, d'attirer l'attention, de créer un slogan, comme on le voit.

A priori assez inutile et grossière, l'épanadiplose peut se montrer plus fine qu'une simple répétition un peu lourdaude. Prenons l'expression suivante:
"L'homme est un loup pour l'homme."
La répétition élève la phrase au rang de maxime. Sans elle ("l'homme est un loup pour lui-même"), l'effet tombe à plat. Du coup, on peut ressortir toutes sortes de slogans basés sur le même modèle:
"Le roi est mort, vive le roi!"
L'épanadiplose est proche du chiasme, comme dans cette phrase de Cocteau:
"L'enfance sait ce qu'elle veut. Elle veut sortir de l'enfance."
L'épanadiplose peut donner un sentiment de fatalité, de destin implacable un peu tragique, car elle évoque le train incessant du temps qui passe, du monde qui ne change pas: les grandes vérités resteront toujours valables quoi qu'il arrive.
"Les rêves ne sont heureux que lorsqu'ils restent des rêves."

08 février 2013

La figure du jour: l'épitrochasme

Telle une mitraillette littéraire, l'épitrochasme consiste à tirer une rafale de mots courts et piquants, voire choquants, l'un à la suite de l'autre. Les conjonctions et autres mots-liens sont facultatifs: le but est ici de donner un effet sonore très marquant. Par exemple:
"Jean est grand, gras, gros, il rit, bois, hurle, pleure, danse, dors, rêve, vit par peur, pire: par erreur."
Se mélangent ici d'autres figures de style, telles que l'allitération et l'énumération, mais le point à retenir, c'est cette rafale de mots brefs en l'absence de coordination. On pourrait même retirer les virgules, ce que certains poètes modernes ne se privent pas de faire (mais je ne mettrai pas d'exemple car je déteste les vers libres).

Cette effet de mitraillette donne un rythme certain à la phrase. Il est donc logique de retrouver des épitrochasmes en grand nombre dans les textes de rap. Ainsi, MC Solaar déclamait dans Obsolète:
"Je me glisse, m'immisce entre les cuisses lisses de la miss, ses yeux se plissent, et elle dit stoppe ton vice"
Les haïkus, ces petits poèmes japonais, font grand usage de cette figure de style dans un souci de brièveté, comme le célèbre exemple de Mastuo Basho:
"Vieille mare,
Une grenouille saute,
Bruit de l'eau."
Comme on le voit, l'épitrochasme n'est pas forcément brut et rugueux: il peut être un enchaînement de mots plus doux et longs, pour autant que l'effet soit toujours saisissant à l'arivée!

07 février 2013

La figure du jour: l'antanaclase

L'antanaclase (ou diaphore) consiste à répéter plusieurs fois le même mot avec une acception différente à chaque fois. Par exemple, citons Le Père Noël est une ordure:
"Je ne vous jette pas la pierre, Pierre."
Dans un contexte politique:
"La droite est gauche et la gauche maladroite."
Ou encore, en philosophie:
"L'existence précède l'essence, mais l'essence est de plus en plus chère."
Quant à Pascal, il écrivait, dans ses Pensées:
"Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point."
Une variante de l'antanaclase, appellée antanaclase elliptique, est très appréciée par les humoristes. Elle consiste à omettre la répétition, la laisser sous-entendue, tout en continuant à jouer sur le double sens du mot. Par exemple, Pierre Desproges disait:
"L'intelligence, c'est comme les parachutes, quand on en a pas, on s'écrase."
Le mot qui devrait être répété, c'est le verbe s'écraser, qui prend un sens différent selon que l'on soit en parachute ou non. Sans l'antanaclase elliptique, l'effet humoristique serait totalement détruit:
"Quand on a pas d'intelligence, on s'écrase, et quand on a pas de parachute, on s'écrase."
On voit bien que l'idée y est, mais c'est nettement moins élégant!

Fort utilisée lors des plaidoiries, l'antanaclase permet aux ténors du barreau de reprendre les termes de leur adversaire pour en détourner le sens. Imaginons le dialogue suivant:
"- Circonstance aggravante: l'accusé était le maître de la victime!
- Mais il n'était pas maître de lui-même."
Le mot "maître" prend ici un sens différent.

Dernière variante: l'antanaclase antinomique. Prendre deux mot a priori opposés (blanc/noir) mais dans un contexte différent, ce qui crée la surprise. Par exemple:
"Napoléon était un petit homme mais un grand général."
Ou encore ce célèbre slogan publicitaire pour une petite voiture citadine:
"Elle est petite, mais elle est grande." 

06 février 2013

La figure du jour: le zeugme

En grec ancien, "zeugma" désigne le joug qui relie deux animaux. En littérature, le terme désigne une phrase dans laquelle deux termes sont reliés au même mot, alors qu'ils ne devraient logiquement pas l'être. Par exemple, dans la phrase:
"Il a enfilé sa veste et sa femme."
Veste et femme sont tous les deux reliés au verbe "enfiler", mais le sens est très différent. L'effet produit est comique. Le zeugme consiste souvent à jouer, de manière humoristique, sur le double sens du verbe (ou du nom commun par rapport à des adjectifs).

Même si l'effet comique est facile, les auteurs sérieux ont également utilisé le zeugme pour provoquer un effet poétique, comme par exemple Victor Hugo qui, en évoquant des veuves, écrivait qu'elles:
"Parlent encor de vous en remuant la cendre de leur foyer et de leur coeur!"
L'effet tragique est saisissant: la cendre évoque à la fois leur mari décédé et leur chagrin. Comme on le voit, le zeugme est une figure qui peut se montrer puissante. Mais il ne faut pas pour autant tout confondre avec un zeugme. Par exemple:
"Il a vengé son père et son honneur."
Même si cette phrase ressemble vaguement à un zeugme, le sens du verbe "venger" est rigoureusement identique dans les deux cas. Ce n'est donc pas une figure de style.

Certains zeugmes sont devenus des clichés, à éviter:
"Les soldats marchaient tambour et gifles battantes".
En plus d'être un cliché éculé, cette expression nous ramène à l'origine fautive du zeugme: le rapprochement de deux termes qui ne s'accordent pas (en genre ou en nombre ou, comme ici, les deux).

Dans ce cas de figure, sans sa valeur littéraire ajoutée, le zeugme ne serait qu'une vulgaire faute de grammaire. Pour passer outre la faute d'accord, il faut s'appeller Apollinaire, qui écrivait:
"Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours."

05 février 2013

La figure du jour: l'anantapodoton

J'inaugure une nouvelle série d'articles sur les figures de style. Purement techniques, ces articles sont l'occasion d'approfondir certains aspects méconnus de la langue française qui en font tout le charme. Aujourd'hui, l'anantapodoton.

Le mot barbare anantapodoton vient du grec, et signifie à peu près "phrase incomplète" (je simplifie). L'anantapodoton apparaît lorsqu'on commence une phrase comprenant une alternative en omettant de donner le deuxième terme. Exemple:

"D'une part, elle me plait, oui, elle me plait."
On s'attend logiquement à ce que la phrase continue avec l'expression "d'autre part" pour conclure l'alternative. Mais on ne la retrouve pas, à notre grande surprise! L'effet obtenu renforce le sentiment amoureux de celui qui prononce la phrase: alors qu'il s'apprêtait à faire la liste des points positifs et négatifs de sa bien-aîmée, il s'arrête en cours de route pour ne rester que sur le point positif.

Cette figure de style ressemble à s'y méprendre à une erreur de langage et son utilisation volontairement poétique n'est pas si facile. Toutefois, la surprise face à cette disparition peut provoquer soit le rire...

"Quelle est la différence entre ta mère?"
Quelques poètes un peu plus raffinés se sont servis de l'anantapodoton pour provoquer quelque effet, comme cet exemple de Paul Valéry:

« Les uns, dirait-on, ne songent jamais à la réponse silencieuse de leur lecteur. »
En omettant "les autres", Valéry illustre bien cette absence de réponse. De plus, cela lui permet de ne pas devoir expliciter la suite de la phrase, qui serait assez banale: "les autres s'en inquiètent tout le temps". On avait bien deviné! La licence poétique l'autorise à se départir des poids morts qui n'apportent rien au texte.

L'anantapodoton est une figure de style qui fait partie du groupe des anacoluthes, qui ont comme point commun de se baser sur une rupture de la synthaxe: au sens strict, elles sont donc à considérer comme des fautes de grammaire! Attention, donc, à ne les employer que si l'effet provoqué en vaut la peine!

02 février 2013

L'écriture institutionnelle

Depuis ma retraite artistique, j'ai travaillé comme plume pour les institutions européennes. Ma mission consiste principalement dans la simplification et la clarification de textes trop longs et trop jargonnants.

Ce métier n'est pas aussi passionnant que celui de scénariste, mais il paie mieux. Et il me permet de réfléchir un peu plus en détail sur un aspect de l'écriture rarement abordé ici: le respect d'un cadre rigide.

On le sait, les scénarios doivent respecter un format strict. Mais ça, c'est facile. Pour peu qu'on se serve de feuilles de style dans Word ou qu'on achète Final Draft, il ne faut même pas y réfléchir. Du point de vue du contenu, les grandes lignes sont régies par un "sens dramatique" dont on a beaucoup parlé sur ce blog. Il faut que les actions soit jouables, les dialogues prononçables... Mais à part ça, le scénariste est libre d'écrire ce qu'il veut.

Dans le cadre institutionnel, le format est tout aussi strict. A vrai dire, il est régi par une loi. On ne fait pas plus strict. Quant au contenu, il est régi par des règles de "compliance", ce mot anglais hideux qui sert à asservir les employés de tout le secteur tertiaire dans le monde. La "compliance", c'est le respect d'un règlement long comme le bras, qui renvoie lui-même à un millier d'articles de loi, d'avis, de recommandations, de directives, de lignes-cadre, et de traités.

Du coup, chaque virgule est passée à la loupe par à peu près 10 personnes. En réalité, l'auteur se met entièrement au service de la réglementation. On ne parle d'ailleurs plus d'auteur. Et pourtant, mille singes avec mille machines à écrire seraient bien incapables de triompher de ce dédale législatif.

Quelle est la méthode utilisée pour s'en sortir? Tout d'abord, il faut longuement étudier la réglementation du sujet que l'on compte aborder. N'étant pas juriste (j'ai eu des cours de droit international à l'université, et ce fut douloureux), je me tourne vers les spécialistes de la question, qui répondent avec plaisir à mes questions. Les institutions européennes étant très bien centralisées à Bruxelles, je peux toujours les rencontrer.

Ensuite, il faut définir les termes. Les institutions européennes possèdent des manuels reprenant les abréviations, les acronymes, les nomenclatures, etc. Il en existe une pléthore. En fait, pour un acronyme donné, vous retrouvez en général deux ou trois définitions différentes selon le contexte. C'est dire le casse-tête.

Lorsque chaque concept et chaque procédure sont correctement identifiés et correctement nommés, il faut les décrire dans des termes à la fois limpides et inattaquables. C'est toute la difficulté. Car la limpidité exige souvent de faire court. C'est pareil pour tous les auteurs: moins on en dit, mieux on le dit.

Mais dans le cadre institutionnel, la beauté stylistique ne peut pas permettre la moindre présomption de malentendu. Je ne parle pas ici d'erreurs grossières ou de "mensonges par omission" qui auraient été corrigés immédiatement par un relecteur.

Ce dont il est question ici, c'est qu'il faut se prémunir contre les interprétations volontairement biaisées et malhonnêtes. Imaginez que chaque texte est traduit en 27 langues. Qu'il s'adresse aussi bien au bourgeois parisien qu'au paysan hongrois. Que chacun lira le texte - qui influence immédiatement son niveau de vie - avec son propre bagage culturel, ses propres attentes, ses propres biais. Et certains seront déçu du contenu: tel passage lui semble injuste, tel autre ne correspond pas à ses désirs. Mais si le texte laisse la place à la moindre négociation, à la moindre largesse d'appréciation, c'est la porte ouverte à des procès en cascade.

Bref, il faut bétonner le texte comme un bunker pendant un holocauste nucléaire. Il faut penser en 27 langues. Il faut la jouer serré. Mais avec tout ça, la mission reste toujours de simplifier le texte: bonjour le grand écart. Si le scénariste peut se doter s'il le désire d'un sentiment de responsabilité sociale, la responsabilité est ici très explicite, telle une épée de Damoclès.

En résumé, l'écrire institutionnelle, c'est un peu l'inverse de l'écriture "artistique": la part de créativité est tellement contenue qu'elle ne permet aucune expression de la personnalité de l'auteur (ou plutôt "de la plume"). L'exercice consiste à se glisser dans les interstices de la réglementation pour contenter plusieurs centaines de millions de lecteurs potentiels. Lecteurs, qui sont pour la plupart très déterminés à prouver que vous avez tort et qu'ils ont raison.

Rien que d'en parler, je suis déjà exténué.

01 janvier 2013

Citation

"Don’t try to be different. Just be good. To be good is different enough."
-- Arthur Freed

24 décembre 2012

Lifting de maintenance

J'ai remarqué que le blog souffrait de quelques incompatibilités avec certaines versions d'Internet Explorer et que sa lecture sur un téléphone portable était désagréable. De plus, son look commençait légèrement à prendre des rides.



Il m'a donc semblé utile de passer sous un nouveau thème - minimaliste - mais qui fonctionne partout! Vous pouvez donc désormais lire les articles de l'Auteur Inspiré sur votre iPhone, votre téléphone Android, votre Mac, votre PC, et pourquoi pas votre réfrigérateur. Bref, la technologie avance et j'essaie de la suivre, de loin...

Au rayon des nouvelles, même si j'ai abandonné l'idée d'écrire pour la télévision dans l'immédiat, j'ai quelques projets encourageants dans le monde du jeu vidéo et du web. Je me recycle comme je peux!

Notez également que le concours du CEEA démarre dés le 14 janvier 2013, un petit peu plus tôt que les autres années, ne le manquez pas! Vous n'aurez pas d'excuse, puisque je n'y participerai pas cette année.

Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et une excellente année 2013! Nous venons de survivre à la fin de monde, que peut-il encore nous arriver? A partir de maintenant, la vie, c'est que du bonus!